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C'est Goundi !

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Samedi 10 mai 2008 6 10 /05 /Mai /2008 19:51

Le Tchad est d’abord une expérience physique

Cette année, il n’a pas fait trop chaud, rarement plus de 37° dans la maison. Rien de trop excessif en somme, vu le climat local. Il n’y a guère que le jour de Pâques où nous avons vraiment été « scotchés » par la chaleur. Les premières pluies sont vite venues. Quelques petites gouttelettes en mars, et des petites pluies en avril. Dans notre tête, les grosses chaleurs étaient passées. Mais aujourd’hui, ça fait déjà deux semaines qu’il n’a pas plu. Il fait vraiment très très chaud. Dès le matin, ça nous coûte de rester debout. Psychologiquement, c’est difficile car on croyait qu’on avait fait le plus dur et on doit encore lutter ! Il n’y a qu’à la nuit tombée qu’on souffle un peu, à traîner et sous les étoiles, magnifiques en ce moment. Comme le dit Justine, une autre volontaire DCC à N’Djamena et passée par Goundi, dans son dernier courrier, le Tchad est d’abord une expérience physique ! Tout ça ne nous empêche pas de faire du vélo, quelques fois jusqu’à Mamyong là-bas dans la brousse, et de nous balader à pieds, de continuer la construction de notre poulailler (il ne reste plus que le toit à faire, en feuilles de rônier)…

 

En France, on entend souvent dire que les Africains sont un peu fainéants, voire carrément paresseux. Il faut venir à Mamyong alors. En ce moment la pompe est cassée, et il faut puiser l’eau à la main, remonter le puisoir à plus de vingt mètres (ce qui n’est pas beaucoup ici) plusieurs fois par jour. L’autre jour, nous avons rempli la cuve pour le groupe électrogène avec les élèves de 6ème : 400 litres remontés à la main entre 10h et midi. Au début, c’est marrant. Au bout de cinq ou six seaux, ça commence à tirer sur les bras et on s’économise. A dix seaux on sait déjà qu’on sera bon pour des courbatures le lendemain. Le Tchad est une aventure physique !

 

Souffrances partagées

Nous pensons à Pascal, un jeune français volontaires de l’ONG Save the Children, assassiné par des coupeurs de route, dans l’Est du pays, et à sa famille. Nous voulons vous rassurer, l’atmosphère est plus calme dans le Sud du pays. A Goundi rien ne nous empêche de circuler librement, les gestes d’hostilité à notre égard sont rares, c’est même le contraire. Rien ne nous empêche de faire notre travail. Nous savons que beaucoup de choses, qui nous dépassent, se passent. Les quelques informations qui tombent parfois dans nos oreilles en disent long sur l’état d’esprit des gens actuellement. Un proverbe ici dit que pour être heureux, il ne faut rien voir, rien dire, rien entendre. Ceux qui réussissent, qui ont trop d’argent, trop d’influence, sont souvent menacés.

                       

Difficultés de toutes sortes, au travail, souffrances partagées avec les Tchadiens, nous sommes comme des éponges qui absorbent tous les jours les mille frustrations du quotidien. Par bonheur, nous avons retrouvé samedi dernier notre ami Esteban à Koumra. Après quelques bières, sucreries, viande grillée, il nous a permis de partager nos questions. Il nous a une nouvelle fois partagé  son expérience au Rwanda-Congo dans les années 90, conflit qui n’est malheureusement pas terminé. Il nous a parlé de sa tristesse de voir qu’en Europe, pour la plupart des gens, vivre pour les autres n’a plus de sens. Pourtant nous sommes bien tous dans le même bateau. Quand comprendra-t-on que ce qu’il se passe de ce côté de la planète nous concerne tous ?

 

Voyages

Les voyages ne sont pas une mince affaire dans ce pays, et il faut une certaine dose de courage pour s’aventurer sur les pistes tchadiennes. Nous avons de l’admiration pour tous les Tchadiens qui voyagent sur les toits des camions, hommes, femmes, vieux, enfants, bébés sur le dos de leur maman, qui doivent affronter les secousses de la route, la poussière, le soleil, les heures d’attente interminables, n’emportant la plupart du temps qu’un petit sac pour plusieurs jours de voyage. Quand nous sommes rentrés de Koumra, nous avons ramené Barthélemy. Nous avons attaché sa moto debout sur le plateau de la voiture, et lui, devinez, il s’est assis dessus pendant tout le trajet ! Sur l’une des routes les plus chaotiques du pays, soixante km de bosses et de trous…  Autre exemple : quand nous ramenons un élève de Mamyong à Goundi, pour qu’il passe la nuit à Maïmba, la plupart du temps, il n’emmène rien : ni brosse à dent, ni slip de rechange !

 

Le premier mai, nous étions tranquillement avec Roberto en train d’échanger de la musique, quand des enfants nous ont apporté un tout petit singe : malheureusement, je n’avais pas mon appareil ! Nous faisons des progrès en italien : nous avons pu suivre un film entièrement dans cette langue : « Ogni cosa e illuminata » (« everything is illuminated », je ne connais pas le titre en français). Un film magnifique, un des plus beaux que nous avons vu depuis longtemps… Nous mangeons parfois italien : bruschetta, gnocchi, caffè… Beaucoup de choses très bonnes faites avec les ingrédients locaux, mais pas forcément appréciées par les Tchadiens. Comme quoi les goûts et les couleurs ! Cette semaine, Roberto est rentré en Italie, nous avons promis de nous revoir. Avec Ignacio et Luz, les Argentins de l’année dernière, Enry la Catalane et bien d’autres, on va être obligé de prendre une année sabbatique pour faire le tour de tous nos amis rencontrés à Goundi ! En attendant, nous faisons un peu plus d’effort pour parler italien avec Barbara, qui se sent maintenant un peu perdue au milieu de ces quatre français, Emilio étant parti faire un tour à la capitale. Un Italien en chassant un autre, Fabio un jeune médecin italien devrait arriver ce week-end à Goundi.

 

Culture sara

Barbara a beaucoup d’idées pour les activités artistiques à Maïmba (théâtre, peinture, jeux…), heureusement car ce n’est pas toujours évident de faire avec les moyens du bord. Par exemple, elle a remarqué qu’il y a du kaolin en brousse, une terre rouge parfaite. Ce qu’elle ne pouvait pas deviner, c’est qu’au moment venu, les garçons ne voulaient pas faire, et l’activité est  tombée à l’eau. Explication des collègues par la suite : les derniers initiés n’ont pas le droit de toucher au kaolin, c’est un interdit important. Comment pouvait-on le savoir ? Ils auront le droit de toucher à cette couleur rouge, un des symboles de l’Afrique, à la prochaine initiation, c’est-à-dire dans sept ou dix ans. Mais auront-ils encore envie de faire des dessins ?

 

Nous souhaitons aller la fête du Roi des Saras, à Bédaya. Cette fête, très importante, elle célèbre la culture sara. Pour l’instant, personne ne connaît la date : tout le monde se prépare, et quand le Roi, le « Mbang », juge que c’est prêt, il arrête une date. C’est Abel, notre voisin originaire de Bedaya qui doit nous prévenir. En attendant, nous retournons nous occuper de  nos enfants et de nos bœufs de Maïmba !

 

 

 

Par Sandrine et François
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Jeudi 17 avril 2008 4 17 /04 /Avr /2008 19:59

En ce moment il fait très chaud, mais il y a peu de soleil et beaucoup de vent. Le temps est très bizarre, voilé. L’atmosphère est carrément irréelle. Depuis mars, nous sommes trois italiens et quatre français à manger ensemble. Côté italien : Emilio le directeur de Maïmba-Mamyong, Roberto qui travaille au centre nutritionnel, et Barbara, une éducatrice venue pour quelques mois à Maïmba. Côté français : Aurélie, Pascale, Sandrine et moi. L’ambiance est bonne. Nous mangeons sur une grande table. A un bout, on parle français. À l’autre, italien. Au milieu, un mélange des deux ! Et on mange des pâtes tous les jours.

 

Sarh

Nous avons profité des vacances de Pâques pour voyager. Bien sûr il est toujours aussi compliqué de sortir de Goundi : soit les voitures sont en mauvais état, soit elles n’ont pas de papier. A chaque fois, le matin même du départ, c’est très flou. C’est comme un jeu, alors nous ne nous inquiétons pas. Et puis nous avons toujours réussi. Il faut dire que nous savons sur qui compter à Goundi : Prosper. Encore une fois, c’est grâce à lui que, le samedi 5 avril, nous nous sommes retrouvés en route pour Sarh, où nous avons été accueillis par Anne et Stéphanie. Nous avons retrouvé plein de monde : Béatrix et Rodrigo, des gens de Goundi (qui nous appellent dans la rue, ça fait plaisir !), les marchands de tissus (les meilleurs amis des filles), les Jésuites qui nous ont invité à manger (une mine d’informations sur le pays) et, quelle chance, nos amis les hippos, que nous avons admiré deux jours de suite sur les bords du Chari. A chaque fois c’est un spectacle un peu magique. Bref, on se sentait chez nous à Sarh. Enfin presque, au marché, on nous demande parfois : « Nassara ou American ? ». On répond Nassara. Puis : « Français ou Italien ». La première fois on a répondu Français, mais devant la tête du type on s’est aussitôt corrigé : « nous sommes italiens ! » Tout le monde n’est pas forcément ouvert à la discussion… Deux jours plus tard, le retour sur Goundi a été laborieux. On est rentré avec la voiture de Prosper, qui avait un jeu énorme dans la direction et une fuite dans le radiateur, ce qui nous a obligé à rouler très lentement, et ce qui ne nous a pas empêché de crever une fois, à soixante kms de Sarh. Une heure après, on s’est arrêté à Bedaya, pour prendre Abel, notre voisin en visite dans sa ville natale, et Isaac, huit ans, le fils de Prosper, venu voir ses grands-parents maternels. Abel nous a invité à partager la boule (au manioc) chez ses parents, avant de reprendre la route. Quand nous sommes arrivés à Goundi, il faisait nuit depuis longtemps.

 

Kaga

Pendant ces vacances, Isaac et Justine, sa grande sœur, sont allés à Kaga, chez leurs grands-parents, côté paternel cette fois. Quand Prosper nous a dit qu’il allait les chercher, nous avons sauté sur l’occasion pour retourner dans ce village où nous avions été si bien accueillis la dernière fois. La joie d’Isaac de revoir son papa faisait plaisir à voir. Apparemment, il a trouvé le séjour un peu long. Ses beignets du matin lui manquaient, Et puis « il y a plein de maladies à Kaga », dit-il. Là, son père n’a pas laissé passer : « Tu sais, Isaac, c’est là que nous avons tous grandi ». Nous, ça nous a fait penser que ça doit vraiment être dur pour les enfants de Maïmba de quitter leur village. Nos petits CP de Maïmba sont bien jeunes pour être séparés de leur famille pendant toute l’année scolaire.

 

De la visite

Alice, Rachel et Jean-Nicolas, trois volontaires de Laï, sont arrivés par surprise vendredi dernier. Avec eux, nous avons passé un week-end agréable. On (Pascale surtout) leur a montré Goundi : l’hôpital, le centre nutritionnel, l’Oasis et le Rônier (les deux bars de Goundi), Maïmba, nos maisons… Nous avons beaucoup parlé, nous avons partagé nos expériences, nos difficultés, nos bons plans…  Le dimanche matin, à 9h, ils sont repartis comme ils sont venus : en moto. La piste est vraiment très mauvaise et très sableuse jusqu’à Laï. Résultat : ils ne sont arrivés chez eux qu’à 18h… Et oui, c’est ça le Tchad ! Du courage…

 

Mamyong-Maïmba

La rentrée de Mamyong était lundi dernier. Une catastrophe. Il n’y avait pas la moitié des élèves. Pendant les vacances, il y a encore eu du vol (deux sacs de mil), et nous avons encore cassé la Uaz. Les élèves présents ont du mérite : certains ont quitté leur village pendant la nuit et ont marché des heures et des heures pour regagner Mamyong. Beaucoup ne retourneront pas chez eux avant le mois de septembre. Plus de la moitié des élèves n’ont pas encore payé la cotisation. Il y a vraiment trop de problèmes dans cette école. Les problèmes sont connus, des solutions existent, mais… Un véritable gâchis que cette structure qui est pourtant un très beau projet à la base. Dommage que le boulot ne soit pas plus intéressant, ça pourrait vraiment être plus enthousiasmant. Lundi 21 avril, c’est la rentrée à Maïmba, combien y aura-t-il d’élèves ?

 

Ça va mal !

A la radio, nous n’entendons plus beaucoup parler du Tchad, les médias sont passés à autre chose. Pourtant rien n’est terminé ici. Les infos venant de France sont mauvaises et ne nous incitent pas à rentrer. Pour cette semaine, ce sont nos amis italiens qui ont pris un coup au moral, avec la victoire (à l’aise) de Berlusconi. Au programme : création d’une « armée du bien » contre « l’armée du mal » (les délinquants), un discours très ferme contre les immigrés. On hallucine et on se dit : Ça va mal ! Nous commençons quand même à penser sérieusement au retour : choix d’une école pour François (pas facile !). Rassurez-vous, nous serons quand même contents de rentrer. Pourquoi ? Parce que vous nous manquez beaucoup !

Par Sandrine et François
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Lundi 24 mars 2008 1 24 /03 /Mars /2008 19:26

Chaleurs

Ce week-end a été torride, 33°C dans la maison dès 6h du matin, 38°C à 14h. L’impression d’être dans un four… Nous dormons dehors.

 

Fête

Samuel, notre collègue de Mamyong, nous a invité au baptême de sa femme et de ses trois enfants. Il est dans nos âges et on s’entend très bien avec lui. C’est avec une grande joie que nous avons accepté l’invitation, d’autant plus que nous n’avions pu assisté à son mariage l’année dernière. Samedi soir à la messe, où il nous avait demandé de prendre quelques photos, il y avait un monde fou. 3000 personnes ? Le lendemain, nous nous sommes retrouvés chez lui à Mamyong. Les gens sont venus tard à cause de la chaleur. Vers 16h les jeunes ont commencé à préparer les tam-tams, puis à s’entraîner un peu, pendant que les femmes préparaient à manger. Vers 17h30, les « vrais » danseurs (leurs aînés) sont arrivés et… c’était parti ! A la tombée de la nuit c’était très beau. Chacun, tour à tour, entre dans la danse : les petits, les jeunes filles, les ados, les femmes, les hommes… et les invités ! Nous nous sommes prêtés au jeu avec beaucoup de plaisir. Les petits adorent ça, ils se défoulent sous le regard amusé des parents. Après, nous nous sommes retirés avec les hommes pour manger un peu. Quand il s’est fait tard, nous sommes rentrés à Goundi, très heureux, laissant Mamyong en fête.

 

Paroles tchadiennes

 

Boule. Quand on était en Europe, la boule nous manquait beaucoup. On achetait du millet pour oiseaux, et on faisait la boule.

 

Danse. On a dansé toute la nuit, on a dansé fatigué !

 

Enfants bouviers. Les enfants bouvier, c’est une forme d’esclavagisme. Les enfants bouviers ne profitent pas de l’école. Toute l’année,  ils sont livrés à eux-mêmes dans la brousse, et ils ne sont éduqués ni par leurs parents, ni par leurs employeurs. Ils ne sont pas socialisés. Ça marche bien dans la région de Goundi, parce qu’il y a beaucoup de misère et que ceux qui ont l’argent, les éleveurs, en profitent, mais aussi parce que les cultivateurs, Saras ou Toumaks, qui envoient leurs enfants, sont paresseux et n’ont pas envie de changer les choses.

 

Excision. L’excision n’est qu’une histoire de gros sous. Le chef du village touche 6 000 F par fille excisée. Une exciseuse touche 500 F par fille. Nos filles ne sont pas excisées, ça n’a pas été facile d’expliquer ça au village au début, mais ils ont accepté.

 

Fatalité. Quand tu as vu ton grand-père s’élever, puis tomber, ton père s’élever puis tomber, tu te dis qu’il va forcément t’arriver la même chose.

 

Magie. Les Goranes (ethnie du Nord du Tchad) de Goundi sont de grands sorciers. La nuit, ils se transforment en hyène pour attraper les chèvres. Je ne sais pas si c’est vrai mais tout le monde le dit. A part ça ils sont tranquilles.

 

Musulman. A Goundi, pour un Blanc, c’est très rare d’avoir un vrai ami musulman. C’est comme s’il traversait la mer.

 

Sida. Je suis infecté, je le sais depuis un mois. J’ai le virus, même pour aller d’ici à chez moi ça me fatigue. Ma femme aussi est infectée, je pense que c’est elle qui me l’a donné. Elle est commerçante, elle part longtemps et elle ne dit pas tout ce qu’elle fait. Si je n’étais pas malade j’aurais pu voyagé, je ne serais pas là, mais à N’Djamena peut-être. Heureusement mes enfants sont sains.

 

Traumatisme. 1979, 1984 ne sont pas que de simples dates pour nous les Tchadiens. Nous avons connu le pire. Les jeunes d’aujourd’hui n’ont rien vu.

Par Sandrine et François
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Mardi 11 mars 2008 2 11 /03 /Mars /2008 19:16
Pour une fois, le texte est un peu long... bonne lecture!


1ère voix

 Cette année j’ai eu droit à un super cadeau d’anniversaire. Je vous raconte…

 
Samedi matin, je pars à Maïmba me faire tresser. Lorsque je rentre François me dit qu’il est allé sur internet. Ceci ma surprend parce que nous y sommes déjà allés la veille ; de plus il ne me dit pas pourquoi… Pendant le repas, Prosper passe en voiture ; François et Emilio, courent vers lui, pourquoi ? Je sais que j’ai un cadeau d’anniversaire qui devrait bientôt arriver ; peut-être est-ce en lien ? Je pense à de l’artisanat local, mais quel est le lien avec internet ?

 
Nous rentrons nous reposer. Je lis, puis dis que je vais dormir un peu. François me propose d’avoir mon cadeau. OUI !!! Il me sort notre valise ; dedans notre grand sac à dos avec nos vêtements, nos chaussures,… On ne peut pas partir en vacances, on a cours lundi. On est rapatrié ? Non, je le saurais… « François, explique-moi ? ». Il me demande juste de faire mon sac, pour le week-end ? Je veux en savoir plus… Nous allons passer le week-end à Kaga, le village de Prosper, tout est prévu… 15 minutes plus tard notre chauffeur arrive, nous sortons et tout le monde (Pascale, le gardien,…) rit, ils sont au courant ! Nous partons avec Lucien le frère de Prosper.

 
A Kaga, nous passons une grande partie du week-end assis, à serrer la main aux gens qui viennent nous saluer. Nous, nous sommes assis devant la maison où on loge et les gens passent, nous saluent et restent là. Lucien reste avec nous durant tout le week-end ; je suppose que c’est Prosper qui lui a demandé. Nous avons beaucoup mangé, surtout du poulet.

C’est avec l’équipe enseignante que nous avons pu le plus discuter parce qu’ils parlent français. Nous avons fait avec eux le dimanche matin la visite du village. Ça fait un peu personne politique en campagne, mais c’est sympa : On ne doit pas rester derrière, il faut être encadrés par nos guides !

 
Prosper arrive. On ne savait pas à quelle heure il viendrait. Je pensais qu’il venait nous chercher mais qu’il en profiterait pour rester un peu avec sa famille. Mais non, il vient exprès pour nous chercher… Avant de partir nous refaisons vite fait un tour de village pour saluer tout le monde. Certains demandent à Prosper de nous laisser un peu chez eux. Les enseignants nous offrent un poulet ainsi que le président des parents d’élèves. Nous repartons tous les quatre avec nos trois poulets.

 
Arrivés à Goundi, Pascale nous accueille, fait l’innocente en demandant où on m’a emmené, Aurélie arrive, puis Barthélémy : je suis vraiment gâtée ! J’ai eu l’impression de vivre un week-end dans le luxe. Tout est prêt pour nous, tout est prévu, on se laisse guider. Ce n’est bien sûr pas le luxe que l’on peut connaître ailleurs, mais on a vraiment été un roi et une reine pendant deux jours !

 
Sandrine

 

                                                    2ème voix

 

Contacté deux semaines auparavant par François désireux de faire la surprise à Sandrine d’une nuit dans un village pour son anniversaire, j’ai trouvé l’idée géniale pour son aspect inédit et audacieux. J’ai pris tout de suite des contacts nécessaires pour leur faciliter l’opération à Kaga, mon village, où j’ai un pied-à-terre.

Les  enseignants de Kaga ont été associés au projet de François pour des questions de communication avec le milieu. Nous avons convenu avec eux qu’il n’y ait pas d’extravagance et que l’accueil soit de plus naturel possible.

 Après un tour d’inspection le matin du samedi 29 mars 2008 au village où j’ai pris la température des lieux, j’ai été rassuré, sauf imprévu, que les parents sont disposés à accueillir les hôtes inhabituels. J’étais aussi rassuré de les voir  contents et très curieux de l’opération.
 

Mon seul souci était la période d’état d’urgence et connaissant la hantise sécuritaire de nos autorités administratives locales, je ne voulais pas qu’on interprète très maladroitement la présence de ces amis dans le village. Aussi, ai-je prévenu le chef de canton et le Sous-préfet de Ngangara de ce qui se tramait et reçu, à mon grand soulagement, leur caution.

Ne pouvant accompagner personnellement Sandrine et François le samedi soir j’ai obtenu que Lucien, mon petit frère, leur tienne compagnie, en promettant pour ma part d’aller les chercher dimanche après-midi.J’avais confiance que tout se passerait bien, mais je n’ai pas pu m’empêcher d’appeler la nuit-même Lucien pour en avoir le cœur net.

 Quand le dimanche vers 16 heures, je retrouve Sandrine et François radieux au milieu des enseignants et du Pasteur du village et quand lors de la visite d’au revoir faite au Chef du village et à la famille j’ai mesuré la vraie chaleur et le regret des habitants de les voir si vite repartir, je me suis rendu compte que le courant est passé entre Kaga et leurs deux hôtes.
 

Merci à  François et Sandrine d’avoir initié  cette aventure. Le village en est fier et s’en souviendra.

 
Prosper beotombaye

 

3ème voix

 

Un soir, en revenant de l'étude à Mamyong, François et moi, je ne sais plus comment nous en sommes arrivés à parler de l'anniversaire de Sandrine:

         Tu as une idée de ce que tu vas lui offrir?

         Non, pas vraiment! A Goundi, il n'y a pas grand chose même au marché...

Le lendemain soir, François, toujours dans la voiture, me dit :

         Ca y est j'ai une idée, je vais demander à Prosper s'il peut nous prêter sa maison à Kaga, on pourrait y passer un week end!

Superbe idée. Pourvu que ça marche!....

Quelques jours plus tard, alors que Sandrine était partie à Maïmba, François m'annonce que Prosper est d'accord! Youpee! Mais attention, il ne faut pas que Sandrine s'en doute! Ce sera comme l'enlèvement que nous a raconté Barthélemy hier au soir. Au Tchad, quand les parents de la fille ne veulent pas du mariage avec le jeune homme celui ci est obligé de l'enlever, peut être un peu trop brutalement d'ailleurs, soit à cheval, soit en moto ou en voiture... Mais, dans la cas de François, cela risque d'être assez romanesque... Bon, alors, il faut s'organiser pour qu'elle ne se doute de rien!

Comme les week-ends sont un peu longs à Goundi, on prévoit  toujours des choses: ballades, apéro à l'Oasis ou rencontres de foot ... Ce dimanche 29 février, nous avons prévu avec Sandrine un repas avec Félix, Barthélemy, Abel et sa femme. Ce sera sympa! Je me disais «  sympa pour nous mais Sandrine  ne verra pas la couleur de ce repas! » Je me débrouille pour que tout soit organisé avant qu'elle décide de faire quelque chose: les bières sont déjà achetées et la boule est déjà commandée! Evidemment car si elle avait le compte des invités, elle se serait vite aperçue que j'avais « oublié » de compter 2 personnes. J'ai bien rigolé avec François quand il est venu docilement, comme lui avait demandé sa douce, me donner le billet que Sandrine venait de lui remettre pour la participation financière! Pour l'instant, elle ne se doute de rien!...

            

Le mercredi à la maison, je vois François en grande discussion avec Prosper, je me dis qu'ils sont en train de mettre au point les détails techniques. Mais François vient me voir après et me demande s'il n'a pas oublié quelque chose à demander. On fait le tour des questions importantes: Le repas: faut-il apporter de quoi manger? Le couchage: Faut prévoir un matelas? Le déplacement? Comment trouver la maison sur place? Où trouver la clef? A quelle heure partir?

Le vendredi soir, François doit faire le sac sans que Sandrine s'en aperçoive et pour ne rien oublier, il vient me demander ce qu'il doit emmener : slips, pantalon, chaussures, chaussettes pour le soir et une tenue de rechange au cas où, affaires de toilette et...  je ne sais pas  vraiment... Je me suis dit après coup que j'avais oublié les lentilles et tout ce qui va avec...Ah ce n'est pas évident de faire le sac pour une autre!Je comprends François!     

J'ai failli vendre la mèche, vendredi soir, quand elle m'a dit qu'elle ferait un truc sur internet le samedi soir. Je lui ai dit ah non certainement pas, tu ne pourras pas.... Glubs! ... Si on va à la messe!  Ah mais ... euh! Tu connais ma devise « ne jamais remettre au lendemain ce que l'on peut faire le jour même ». Elle m'a regardée puis sans se douter de quoi que ce soit, m'a répondu que j'avais peut-être raison et elle s'est absorbée dans le net!  Ouf!...

Enfin, le grand jour est arrivé! Avant le repas, François est parti précipitamment pour discuter avec Prosper qui venait de s'arrêter devant la maison des laïcs. A son retour, Sandrine lui demande ce qu'il voulait et là François s'embrouille et répond qu'il a bien le droit d'avoir des secrets!!!... Sandrine dit alors qu'elle le trouve bien cachottier ces temps ci! Mais comme il lui a dit que le cadeau d'anniversaire ne sera pas le 28 février mais plus tard elle se doute que c'est pour le cadeau mais elle n'imagine certainement pas cette sortie !

On mange tranquillement ensemble et on se quitte pour la sieste en se donnant rendez vous pour 16H 30 !!!! Nous étions tous au courant qu'à 16H30, ils seraient déjà partis !!!

Vers 14H 30, la voiture conduite par Thaï arrive devant chez nous et Sandrine et François sortent de chez eux. François fait semblant d'enlever de force sa promise, Sandrine fait la grimace pour la photo et les voilà partis. Ca m'a fait chaud au coeur!!! Et je me suis dit que l'amour c'était aussi savoir se faire des surprises !!!...

Même les voisins étaient au courant et après leurs départs, nous avons bien rigolé suite à l'enlèvement ..... Il n'y a pas que les Tchadiens...

 
Pascale

 

 

4ème voix

 

L’idée m’est venue à la suite de la discussion avec Barthélemy, sur les coutumes toupouri et l’enlèvement des femmes. Enlever Sandrine pour une destination inconnue. J’en parle un soir à Pascale, puis à deux ou trois autres personnes. L’idée est bonne. Reste à s’organiser.

 
Samedi 16 février, je croise Prosper Béotombaye à la maison des laïcs. Sandrine n’est pas là. J’en profite pour lui en toucher deux mots : « Il nous reste quelques mois seulement au Tchad. On aimerait passer un week-end dans un village, histoire de vivre avec les gens… Alors si vous voyez quelqu’un qui pourrait nous aider…» Evidemment il me propose son village, Kaga, à 30 km de Goundi. Là-bas il a sa maison. « C’est pour l’anniversaire de Sandrine, le 28. Je voudrais lui faire la surprise ». J’ai trouvé mon partenaire.

 
Vendredi 22 février, Prosper passe à la maison pendant la sieste. Par chance j’étais dehors. Il ne coupe pas le moteur alors on parle un peu fort. On fixe la date, le 28 est un jeudi alors on ira à Kaga le week-end qui suit. Je lui demande ce qu’il faut emmener : un matelas, un poulet… Il me dit de ne pas m’inquiéter. Qu’il ira la semaine prochaine emmener un lit là-bas, il voulait le faire depuis quelques temps, alors c’est l’occasion (est-ce vrai ?). Je lui rappelle que Sandrine ne doit pas être au courant… « Ça  joue ! », me répond-t-il, cette histoire a l’air de l’amuser. Une heure après Sandrine se réveille : «  Au fait que voulait-il Emilio ? »

 
Dans la semaine suivante, la préparation du week-end suivant m’échappe complètement. Je ne sais que dire à Prosper, toute question me semble ridicule. « Ne t’inquiète pas » m’a-t-il dit. Mercredi soir, avec Sandrine, lors de notre petit repas à deux, je lui offre un petit cadeau pour son anniversaire : un foulard. Elle me dit que ça lui fait plaisir, pour une fois que je lui fais un cadeau… Mais c’est tellement banal comme cadeau – toutes les coopérantes se sont faites offrir des foulards à Goundi – que, pour m’excuser, je lui dit qu’il y peut-être un petit quelque chose à venir…

 
Jour J, samedi 1er mars, aucune nouvelle de Prosper. Il a disparu alors que d’habitude il est à son bureau. Je me doute bien qu’il est à Kaga, mais n’y est-il pas déjà allé mardi ? Pendant que Sandrine est partie se faire tresser à Maïmba, j’en profite pour faire notre sac pour le week-end. A table, avec les Pascale et Aurélie, Roberto aussi, qui sont au courant, on rigole, en douce. Sandrine ne se doute pas de ce qui l’attend. On organise le week-end comme si on restait à Goundi. A la fin du repas, j’entends la voiture de Prosper, je sors le voir.  Il me dit que Taye viendra nous chercher à 15h30. Sandrine me demande ce qu’il voulait, je lui réponds qu’elle n’est pas obligée de tout savoir. Elle me trouve quand même un peu bizarre depuis ce matin…

 Lors de la sieste, on entend Pascale qui discute et rigole fort avec les voisins : elle est trop énervée pour se reposer. Elle veut voir notre départ, appareil photo en main. Taye arrive, accompagné de Saena, qui est de Kaga, et de Lucien, le frère de Prosper qui sera notre guide pour tout le week-end. Quelques minutes avant, j’offre le sac en cadeau à Sandrine, et lui dit : « on y va ! ». Ça la stresse carrément. Elle met un peu de temps avant de comprendre. Finalement, en voyant Pascale et les voisins morts de rire, elle réalise qu’on a tout organisé dans son dos. Elle est très contente de partir à Kaga.

 
La suite ? Nous passerons un week-end inoubliable en brousse, fait de rencontres, de partages, de discussions. A l’ombre des arbres gigantesques de Kaga, où l’hospitalité n’est pas un vain mot.

 
François

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Par Sandrine et François
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Samedi 23 février 2008 6 23 /02 /Fév /2008 18:22
Nouvelles inquiétantes

Pendant tout le mois de février, nous aurons pris le petit déjeuner avec une oreille attentive branchée sur Rfi. Le Tchad fait-il la une des infos aujourd’hui ? Attaque de la capitale par les rebelles, rapatriement des Français de N’djamena, populations réfugiées au Cameroun, déploiement retardé de l’Eufor et surtout, disparition de trois opposants politiques, dont un Sudiste originaire de Doba. C’est cette dernière nouvelle qui nous inquiète le plus, car elle pourrait faire changer la nature des événements. Affaire à suivre…

Il y a trois semaines, nous avons vraiment eu très peur de rentrer plus tôt que prévu en France. On a presque imaginé l’hélicoptère de l’armée, les adieux vite faits, nous un peu perdus en France, devant le journal de 2Oh, en pensant à notre vie et aux gens laissés trop vite à Goundi!

Heureusement, rien de tout cela n’est arrivé.

 

Au trois quarts du chemin

Il y a deux semaines, Antoine, notre chargé de mission, est passé à Goundi. L’occasion de faire le point sur notre mission, de mesurer le chemin parcouru depuis un an et demi. De voir ce qu’on a réussi, ce qu’il reste à faire. De penser, déjà, à la suite. Pour faire simple, on va dire que cette école agricole est un projet magnifique, mais qu’elle est mal en point. Un peu à l’image du pays. Nous essayons de faire de notre mieux, en tenant compte de la réalité qui est difficile. Notre utilité sur place n’est pas si évidente, le débat est encore ouvert. Nous croyons quand même qu’au final le bilan sera positif. Quant à la rencontre interculturelle, nous savourons les moments passés avec nos voisins, nos collègues, les enfants… Il ne sera pas facile de partir.

 

Football football football !

Depuis le mois de janvier, avec Barthélemy (Blaowé !) nous avons sérieusement repris le foot, chaque dimanche, une fois sur deux à Mamyong ou à Maïmba, c’est l’occasion d’avoir d’autres rapports avec les élèves et les collègues. Nous avons aussi suivi la Coupe d’Afrique des Nations, le plus souvent chez Prosper Behotombaye. Par malheur, la télé de ce dernier est tombée en panne juste à la fin des demi-finales. Pour la finale, nous sommes donc allés nous entasser à peut-être plus de deux cents dans un minuscule hangar en secco, pas loin de chez nous. La partie, qui opposait les Lions Indomptables du Cameroun aux Pharaons d’Egypte, a été perdue 0 à 1 par les Camerounais. Il n’y avait qu’un seul supporter égyptien dans la place. Heureusement peut-être, car si tout le monde avait sauté de joie, le hangar n’aurait sûrement pas résisté.

 

Toujours la boule !

Nous mangeons parfois avec nos voisins. L’occasion de parler encore avec Barthélemy qui est une mine d’information pour nous sur la culture toupouri. La dernière fois, il nous a parlé de la coutume qui consiste à enlever la femme qu’on veut épouser, au cas où elle est déjà dotée ou que les parents ne sont pas d’accord. C’est très intéressant, et surprenant. Il faut un véritable savoir-faire pour cette pratique : maîtrise de la tradition, sens de la discussion… Il faut être malin et avoir du sang froid. Qualités que Barthélemy semble avoir car il a aidé un de ses amis à kidnapper sa belle il y a deux mois à N’djamena. Très bon comédien, l’histoire racontée par notre voisin valait son pesant de cacahuètes ! Nous avons aussi mangé une boule chez Pascale, en compagnie de Djim et de sa femme. Et la dernière fois, c’était avec Abel, un infirmier installé près de chez nous depuis quelques mois. On revenait d’un bon repas pris à la maison des laïcs, quand en passant devant chez lui, il nous a invité à partager sa boule. On aurait bien refusé, mais ç’aurait été une entorse très grave à la culture africaine : on ne refuse pas une invitation à manger ! Inutile de dire que la sieste aura été appréciée.

 

Sinon, le plus souvent, nous mangeons avec Emilio, Roberto, Pascale, Aurélie, la nouvelle coordinatrice de l’école de santé arrivée depuis un mois à Goundi, et sa collègue Justine, la coordinatrice de l’école de santé de N’djamena, bloquée ici à cause des évènements. Ces deux dernières, envoyées par la DCC comme nous,  sont très sympas, et nous formons une bonne petite équipe. Roberto est un bon professeur d’italien, et nous repartirons du Tchad en ayant fait plus de progrès en italien qu’en sara. E cosi !

 

Randonnée en brousse

Dimanche dernier, nous sommes partis à pied à la découverte de la brousse avec Justine et Aurélie. Nous avions prévu de faire quelques Kms, en gros jusqu’au jardin de salades de Kankimadji. Partis dès le lever du soleil, nous ne sommes revenus qu’un peu avant midi : nous aurons fait entre 20 et 30 Kms. La curiosité nous a poussés à passer non loin d’un campement de nomades missiriés, à traverser la forêt de Mamyong, guidés par un élève de Mamyong croisé en route… Nous avons découvert qu’on pouvait apercevoir Goundi au loin depuis un point précis de la forêt. Nous sommes tombés sur d’autres élèves qui faisaient rôtir un écureuil sur le feu. Au retour, nous nous sommes faits accompagnés par un dizaine de femmes qui se rendaient au marché de Goundi, chacune une calebasse sur la tête et un bébé dans le dos. Leur « trip » est de passer leur bébé aux filles et de le mettre dans leur dos, ça les fait beaucoup rire. Au final, on en avait plein les pattes ! 

 

Non à l’excision

Beaucoup de filles sont parties en brousse pour se faire initier, et donc exciser. Parmi elles, certaines sont de Maïmba… et ne sont pas encore rentrées. Comme pour les garçons en septembre, nous avons vu, mais de loin cette fois, les filles danser en brousse, sur la route de Mamyong. Comme les garçons, elles ont un masque de perles qui leur cache le visage, et une ceinture de perles qui donne le rythme quand elles dansent. Cette pratique n’est pas implantée dans le Sud du Tchad depuis si longtemps et elle n’a normalement rien à voir avec la religion. Elle est interdite par l’Etat et beaucoup de gens sont contre l’excision. Quand on parle avec nos collègues, on voit bien que les choses évoluent. Une fois de plus, l’Eglise s’est engagée et a eu des mots très durs pour dénoncer cette pratique, qui entraîne des morts à chaque fois. Pourtant, d’après les médecins de l’hôpital, la plupart des filles sont quand même excisées…

 

A l’école, beaucoup de garçons parlent aussi de la circoncision, qui, d’après les éducateurs, n’a rien à voir avec l’initiation. Pour 1 500 F, on peut se le faire faire à l’hôpital, ce n’est pas très cher et c’est plus propre. Les enfants se passent tous le mot, beaucoup écrivent à leur papa pour avoir un peu d’argent. Tout ça agace les maîtres de Maïmba, ils pourraient attendre les vacances quand même ! Peut-être que leurs hormones les travaillent. Maintenant qu’ils sont initiés, ce sont des hommes. Et en tout cas, pour eux, c’est bien mieux d’être circoncis !

 

Sandrine s’éclate avec ses élèves

Cette année j’ai des élèves supers ! Ils sont très naturels, ce qui me fait régulièrement sourire, et volontaires. Au niveau scolaire c’est intéressant, mais niveau culturel aussi, ils sont toujours prêts à me raconter et m’expliquer des petites choses de leur vie, de leur culture et de leur langue. Cette semaine nous avons fait notre première séance de découpage, autour du thème « le village » ; nous avons « reconstitué » un village. Ils ne s’imaginaient pas que découper était si complexe ! L’autre jour nous avons parlé des mois et des saisons, en s’intéressant au départ juste au temps qu’il fait. Ils me parlaient toujours des mois en fonction de ce qu’il mangeaient. Le mois de juillet ? « On a faim ! »

 

On est ensemble

A cause des événements, nous n’avons pas reçu de courrier depuis bien longtemps, et encore moins de colis. Heureusement, internet marche bien. L’ordinateur nous a causé quelques soucis quand il ne répondait plus le week-end dernier. Tout est réparé maintenant, ouf ! Nous pouvons continuer à lire tous vos messages qui nous font beaucoup de plaisir à chaque fois.

 

Comme on dit ici : « on est ensemble ! »

 

Sandrine et François

Par Sandrine et François
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