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C'est Goundi !

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Vendredi 22 décembre 2006

Noël approche, bien que l’on n’en ait pas encore trop l’impression. Ce sera pour nous un Noël très différent, mais sûrement très riche. Un Noël sous les tropiques, tout simple : dîner sous les étoiles, journée en tongs et chemisette (colorée !), danses… Mais sans bûche ni père noël à l’horizon.

En attendant voici quelques petites anecdotes des derniers jours.

 

Cette semaine a été agitée. Nous avons pris sur notre jour de repos, le lundi, pour surveiller les évaluations à Maïmba. C’est difficile de se mettre au boulot, alors que justement il faut finir les bulletins, faire des réunions… Mais ça y est nous voilà en vacances ! On a remis les bulletins aux élèves, ils ont ramassé leurs quelques affaires, et chacun retourne chez soi, fêter Noël en famille, au village. La rentrée est prévue pour le 3 janvier. Mais on sait déjà qu’ils seront en retard !

 

Jean-Paul

Jean-Paul Kouladoumgue était bouvier ; un éleveur l’a employé pour qu’il s’occupe de ses bœufs, il les emmène au pâturage,… Mais il a eu de gros problèmes avec cet employeur. Il ne sait pas où est son père. Il a été recueilli par le Père Gherardi et a été confié à Prosper un des responsables de l’hôpital. Depuis il est à Mamyong. Cette année il est en 6ème. Il a des difficultés et c’est vraiment quelqu’un d’attachant. C’est une chouette histoire.

 

Emilio

Emilio est italien et prof de philo. Depuis les années 60, il a fait tous les pays du monde, sauf quelques îles dans le Pacifique, le Soudan, la Guinée. Son plus grand regret : ne pas encore être allé au Tibet ! Au début il faisait beaucoup de stop. Il adore voyager avec les moyens de transports locaux. C’est comme ça qu’il est revenu d’Inde en voiture, qu’il a traversé le Sahara avec des Nigériens sur un camion. D’ailleurs, il avoue avoir un petit faible pour les déserts. Cela fait quelques années qu’il est à Goundi. Pourquoi ? Mystère. C’est lui le directeur de Maïmba cette année. Mais surtout, Emilio est passionné d’astronomie, et le soir, à la nuit tombée, il nous montre un peu les différentes étoiles et constellations. C’est super ! Du coup, on est tout content quand la nuit tombe, on peut retrouver l’étoile du Berger, le Chasseur, les Pléiades…

 

Les parents de Béatrice

Les parents de Béatrice sont arrivés cette semaine à Goundi. Ce matin ils nous ont accompagné à Mamyong. Roger leur a fait visiter le « domaine », avec les vaches, les cultures… ils sont agriculteurs et ça les a enchanté. Ils découvrent l’Afrique… Nous ça nous montre deux choses : qu’on a de la chance de vivre ce qu’on vit, et qu’on aimerait bien vous le montrer… On est content de montrer que le Tchad, ce n’est pas que la misère et la guerre. Il y a aussi des gens qui vivent, qui sont fiers de montrer comment ils vivent, et qui se préparent à fêter Noël !

 

Joyeux Noël !!!

Ronel Tam-Ya Ngon!!!

 

 

Par Sandrine et François - Publié dans : sandrine-et-francois
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Mercredi 13 décembre 2006
Par Sandrine et François - Publié dans : sandrine-et-francois
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Dimanche 10 décembre 2006

Cette semaine nous sommes tombés deux fois en panne. Fichus camions ! Ici on appelle une voiture un camion. La deuxième fois il était 13h et nous avons dû rentrer à pieds en plein soleil. Puis quand les camions roulent, c’est l’ambassade qui nous dit de ne pas bouger. Quand pourra-t-on enfin voyager ? En attendant, on prend le temps de discuter avec les gens.

 

…avec les sixièmes de Mamyong à la fin du cours…

-          Jacques Chirac, il est chrétien ou il est musulman ?

-          Est-ce qu’en France on peut se marier avec une veuve ?

-          Est-ce qu’il faut payer la dot ?

-          Est-ce qu’il y a des éleveurs qui n’ont pas de tracteurs ?

La France n’est pas un pays si bien que ça… Difficile à imaginer pour un jeune tchadien. Les élèves me demandent de comparer le Tchad à la France, savoir quel pays je préfère, mais c’est tellement différent…

 

…avec Vincent, 10 ans, au bord du terrain de foot à Maïmba…

-          c’est ton lance-pierre ça ? Tu t’en sers pour quoi ?

-          des fois je tire sur les oiseaux !

-          ah oui ? et tu en as déjà attrapé un ?

-          ben oui !

Et, surprise, il met la main à la poche et en sort aussitôt un petit truc jaune, un poussin pris depuis ce matin sûrement…

-          ah d’accord ! Mais tu vas en faire quoi ?

-          ben on enlève les plumes comme ça (il nous montre le geste), on le met dans le feu (on l’imagine très bien le tourner avec un petit bâton) et avec du piment c’est très bon !

On est mort de rire !

-          et tu attrapes d’autres trucs des fois, des trucs plus gros ?

-          oui, des pintades…

-          oh la la c’est pas vrai…

Bon, on essaiera de ne pas le dénoncer aux éducateurs…

 

…avec Prosper et Jérémie, instit’ de Maïmba…

Au loin on voit une personne bizarre, enroulée dans des draps blancs, ça leur fait penser à la « Mami wata ».

-          C’est quoi ?

-          C’est une diablesse. Elle se promène la nuit dans la brousse. Si elle tombe amoureuse de toi tu ne pourras plus t’en défaire…Il n’y a que toi qui pourra la voir. Malheur à toi. Ça peut arriver aux hommes comme aux femmes. Car la Mami wata peut être un homme. Il faut un prêtre pour s’en débarrasser. Les meilleurs pour ça, c’est les Jésuites, c’est des grands sorciers.

-          Ah bon ? Mais comment on peut voir que c’est une Mami Wata ?

-          Elle a une queue de poisson qu’elle cache. On peut aussi la reconnaître à ses pieds. Elle n’a pas de pieds mais des sabots ! C’est une très belle femme ! A Mamyong dans la forêt, il y en a plein… J’ai un ami qui s’est fait avoir à Sarh…

 

On découvre l’Afrique à travers nos lectures aussi. Je lis « Ebène » de Ryszard Kapuscinski, c’est un roman époustouflant. On échange pas mal de bouquins avec Louis, le prof d’histoire.  Je vais à ses cours quand je peux, c’est génial. Comme ça j’apprends l’histoire du Tchad. Les guerres du Darfour ne datent pas d’hier.

 

Avec Djim, Prosper et deux élèves de MaÏmba, nous sommes quand même allés au marché de Gangara, à 20 km de piste. Objectif : acheter du gombo, pour la sauce des enfants de Maïmba, il n’y en a plus à Goundi. C’est une mission très stratégique. En arrivant il faut d’abord saluer le chef du canton et les vieux. Djim rencontre deux femmes qu’il connaît et leur demande le prix du gombo ici (150F le langa, 300F le coro…), histoire de ne pas se faire avoir. Puis il regarde à quel endroit les femmes arrivent au marché, pour les « intercepter » avant d’autres clients, pour marchander plus tranquillement. Pour ça, il envoie nos deux élèves faire le tour du marché. Une fois qu’il a trouvé une marchande de gombo, il négocie le prix. Ça peut être très long ! Le prix peut monter un peu. Pendant trois heures, Djim n’a pas arrêté. Au début on le suivait un peu mais on s’est lassé plus vite que lui. On est resté assis longtemps sur un banc en face des vieux. C’était mieux pour Djim. Si les femmes voient que le gombo est pour des Blancs, les prix sont plus difficiles à négocier.

 

On ne discute pas qu’avec des Tchadiens. Grâce à l’hôpital, il y a du passage à Goundi. William, le laborantin, vient de Bangui. Il nous dit que certains vieux d’ici parlent encore la même langue qu’en Centrafrique, le songo. Ça date d’avant la décolonisation, quand Oubangui et Chari appartenaient à l’Afrique Equatoriale Française. Il y a un technicien, il est de Ouaga et il vient cette semaine pour réparer une machine en rapport avec le sida. Nous on connaît un peu le Mali et le Sénégal, mais pas le Burkina, ça doit être un chouette pays.

 

Bon on vous laisse. Aujourd’hui c’est dimanche, jour de fête pour les chrétiens. Jour de générosité ? Mendiants, estropiés, boiteux, lépreux s’installent devant les maisons des Blancs en attendant d’avoir une petite pièce.

 

Merci pour les nouvelles on apprécie beaucoup. Apparemment il n’y a pas que les Africains qui font des enfants.


Par Sandrine et François - Publié dans : sandrine-et-francois
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Samedi 25 novembre 2006

Bonjour !

 

Les cours se passent normalement à Mamyong et la  vie suit son cours à Maïmba, entre la classe et les divers travaux des champs. Le travail avec les sixièmes est très intéressant. J’en sais davantage sur eux, sur ce qu’ils ont fait durant la saison des pluies et sur le village d’où ils viennent : Matékaga, Guiditi, Koumaï, Ngangara… Du côté de Sandrine, cette semaine à Maïmba, c’était le projet « moringa ». Les enfants récupèrent les feuilles de cet arbre pour obtenir une poudre aux vertus thérapeutiques. On en donnera au centre nutritionnel pour soigner la malnutrition.

 

Nous sommes allés faire un tour au centre de formation des instituteurs de Goundi. L’inspecteur parlait aux stagiaires des situations qu’ils pouvaient être amenés à vivre avec les parents. Certains propos nous dépassent : « Des fois, quand vous punissez un élève, il peut y avoir un accident : vous lui crevez un œil, vous lui faites sauter une dent. C’est des choses qui arrivent. Certains parents ne vous en voudront pas. Mais attention car d’autres peuvent le prendre autrement et vous devrez partir en courant ! » Ou encore « Si vous mettez des bonnes notes à leur enfant, les parents, fiers, vous glissent un petit billet et déposent un sac de riz devant chez vous. Ça c’est un cadeau. Mais d’autres fois, vous envoyez les cahiers à signer aux parents, et en retour il y a 20 000 cfa dans la couverture. Ça c’est de la corruption… » Prochainement, nous essayerons d’aller voir dans les écoles des villages alentours, là où il y a une bonne centaine d’élèves par classe et une simple paillote en guise de bâtiment.

 

Notre partenaire, à l’origine de l’hôpital, des écoles agricoles, du centre de formation des enseignants et de bien d’autres choses encore à Goundi – celui aussi qui nous accueille depuis N’Djamena et nous emploie – est venu pour trois jours. En un temps très limité, il doit régler les problèmes de pannes de voitures, des pompes, des groupes électrogène, l’achat de nourriture pour Maïmba, de manuels scolaires, le manque de professeurs, les salaires à verser et tous les contrats à signer… A côté, il gère un projet pharaonique, la construction de l’hôpital de Walia-N’Djamena, qui c’est vrai sera une chance pour le pays. La fin des travaux est prévue pour mars, alors il multiplie les rendez-vous, en Afrique, mais aussi en Europe, à Paris, Barcelone ou ailleurs. C’est un sacré bonhomme qui connaît bien les problématiques liées au développement, depuis 50 ans qu’il est ici. On essaye de lui parler des soucis rencontrés à l’école. Mais nous sommes souvent perplexes, car il parle de faire une piste d’atterrissage à Goundi, d’un internat à Mamyong pour les filles et de plein d’autres projets, alors que nous lui demandons simplement une voiture correcte pour aller au travail, d’acheter du riz ou des arachides pour les élèves…  Pour nous, il risque d’y avoir un petit changement de poste. Affaire à suivre !

 

A part ça, il fait frais le matin, et nous partons au travail avec un petit pull sur le dos ! La température est idéale en ce moment. Avant de nous coucher, nous regardons s’il n’y a pas de petite musaraigne derrière le placard, et quand on en trouve une, la chasse dure quelques minutes, le temps que Sandrine saute sur le lit et que je lui courre après, de la salle d’eau à la cuisine en passant par la chambre ! Nous avons bien acheté une tapette au marché, mais pas de prise pour l’instant !

 

A chaque fois, c’est avec un grand plaisir que nous recevons vos nouvelles par internet. Continuez ! Nous aimons bien savoir ce qui se passe en France ! Nous sommes aussi impatients d’aller à Sarh : notre courrier et nos journaux nous attendent là-bas depuis le mois d’octobre, ça commence à faire long !

 

A bientôt !

 

Ps : nos adresses mails n’ont pas changé.

Sandrine : didi.mam@voila.fr

François : fh.grelier@wanadoo.fr

 

Ps2 : si vous nous écrivez par la poste, évitez de parler de la situation politique du Tchad. Nos courriers risquent de ne pas arriver.

 

Par Sandrine et François - Publié dans : sandrine-et-francois
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Jeudi 9 novembre 2006

(plus de mil à Mamyong)

 

Mamyong, du CM2 à la 2nde, fonctionne sur le même principe que Maïmba.

 

Hier, en cours de français, Béatrice demande aux 3èmes une phrase avec un groupe nominal. Un élève lève le doigt :

-          Depuis plus de trois semaines, les élèves n’ont rien mangé.

-          Bon, avec un nom propre maintenant.

Un autre élève :

-          Joseph est affamé !

 

Effectivement, les élèves n’ont plus rien à manger. Il n’y a plus de mil. Depuis deux semaines, ils se nourrissent de haricots et d’arachides alors ils sont affamés. Pourquoi ? Mauvaise récolte ? Mauvaise gestion ? N’aurait-on pas pu prévoir ? Nous ne savons pas. Après réflexion, les enseignants envoient les élèves le jeudi matin chez eux pour revenir dimanche soir avec, espérons, chacun cinq coros de mil (environ 8kg). Ils partent à pieds, certains ont plus de 60 km à faire. En attendant, François n’a plus cours…

 

Nous ne pensions pas nous retrouver face à ce genre de situation. Sachant que Mamyong est géré par un européen, on imaginait en arrivant ici qu’il  aurait le minimum vital. On ne peut pas étudier avec le ventre vide.

 

Par Sandrine et François - Publié dans : sandrine-et-francois
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