Cette semaine nous sommes tombés deux fois en panne. Fichus camions ! Ici on appelle une voiture un camion. La deuxième fois il était 13h et nous avons dû rentrer à pieds en plein soleil. Puis quand les camions roulent, c’est l’ambassade qui nous dit de ne pas bouger. Quand pourra-t-on enfin voyager ? En attendant, on prend le temps de discuter avec les gens.
…avec les sixièmes de Mamyong à la fin du cours…
- Jacques Chirac, il est chrétien ou il est musulman ?
- Est-ce qu’en France on peut se marier avec une veuve ?
- Est-ce qu’il faut payer la dot ?
- Est-ce qu’il y a des éleveurs qui n’ont pas de tracteurs ?
La France n’est pas un pays si bien que ça… Difficile à imaginer pour un jeune tchadien. Les élèves me demandent de comparer le Tchad à la France, savoir quel pays je préfère, mais c’est tellement différent…
…avec Vincent, 10 ans, au bord du terrain de foot à Maïmba…
- c’est ton lance-pierre ça ? Tu t’en sers pour quoi ?
- des fois je tire sur les oiseaux !
- ah oui ? et tu en as déjà attrapé un ?
- ben oui !
Et, surprise, il met la main à la poche et en sort aussitôt un petit truc jaune, un poussin pris depuis ce matin sûrement…
- ah d’accord ! Mais tu vas en faire quoi ?
- ben on enlève les plumes comme ça (il nous montre le geste), on le met dans le feu (on l’imagine très bien le tourner avec un petit bâton) et avec du piment c’est très bon !
On est mort de rire !
- et tu attrapes d’autres trucs des fois, des trucs plus gros ?
- oui, des pintades…
- oh la la c’est pas vrai…
Bon, on essaiera de ne pas le dénoncer aux éducateurs…
…avec Prosper et Jérémie, instit’ de Maïmba…
Au loin on voit une personne bizarre, enroulée dans des draps blancs, ça leur fait penser à la « Mami wata ».
- C’est quoi ?
- C’est une diablesse. Elle se promène la nuit dans la brousse. Si elle tombe amoureuse de toi tu ne pourras plus t’en défaire…Il n’y a que toi qui pourra la voir. Malheur à toi. Ça peut arriver aux hommes comme aux femmes. Car la Mami wata peut être un homme. Il faut un prêtre pour s’en débarrasser. Les meilleurs pour ça, c’est les Jésuites, c’est des grands sorciers.
- Ah bon ? Mais comment on peut voir que c’est une Mami Wata ?
- Elle a une queue de poisson qu’elle cache. On peut aussi la reconnaître à ses pieds. Elle n’a pas de pieds mais des sabots ! C’est une très belle femme ! A Mamyong dans la forêt, il y en a plein… J’ai un ami qui s’est fait avoir à Sarh…
On découvre l’Afrique à travers nos lectures aussi. Je lis « Ebène » de Ryszard Kapuscinski, c’est un roman époustouflant. On échange pas mal de bouquins avec Louis, le prof d’histoire. Je vais à ses cours quand je peux, c’est génial. Comme ça j’apprends l’histoire du Tchad. Les guerres du Darfour ne datent pas d’hier.
Avec Djim, Prosper et deux élèves de MaÏmba, nous sommes quand même allés au marché de Gangara, à 20 km de piste. Objectif : acheter du gombo, pour la sauce des enfants de Maïmba, il n’y en a plus à Goundi. C’est une mission très stratégique. En arrivant il faut d’abord saluer le chef du canton et les vieux. Djim rencontre deux femmes qu’il connaît et leur demande le prix du gombo ici (150F le langa, 300F le coro…), histoire de ne pas se faire avoir. Puis il regarde à quel endroit les femmes arrivent au marché, pour les « intercepter » avant d’autres clients, pour marchander plus tranquillement. Pour ça, il envoie nos deux élèves faire le tour du marché. Une fois qu’il a trouvé une marchande de gombo, il négocie le prix. Ça peut être très long ! Le prix peut monter un peu. Pendant trois heures, Djim n’a pas arrêté. Au début on le suivait un peu mais on s’est lassé plus vite que lui. On est resté assis longtemps sur un banc en face des vieux. C’était mieux pour Djim. Si les femmes voient que le gombo est pour des Blancs, les prix sont plus difficiles à négocier.
On ne discute pas qu’avec des Tchadiens. Grâce à l’hôpital, il y a du passage à Goundi. William, le laborantin, vient de Bangui. Il nous dit que certains vieux d’ici parlent encore la même langue qu’en Centrafrique, le songo. Ça date d’avant la décolonisation, quand Oubangui et Chari appartenaient à l’Afrique Equatoriale Française. Il y a un technicien, il est de Ouaga et il vient cette semaine pour réparer une machine en rapport avec le sida. Nous on connaît un peu le Mali et le Sénégal, mais pas le Burkina, ça doit être un chouette pays.
Bon on vous laisse. Aujourd’hui c’est dimanche, jour de fête pour les chrétiens. Jour de générosité ? Mendiants, estropiés, boiteux, lépreux s’installent devant les maisons des Blancs en attendant d’avoir une petite pièce.
Merci pour les nouvelles on apprécie beaucoup. Apparemment il n’y a pas que les Africains qui font des enfants.