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C'est Goundi !

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Samedi 5 mai 2007
Enfin la pluie !

Malgré la petite pluie qu’on a eu en rentrant de Sarh, il a fait vraiment très très chaud les deux dernières semaines d’avril. Dès 6h  du matin, le thermomètre affiche des températures de 33°C, et il fait parfois plus de 40 dans la maison pendant l’après-midi. Avec cette chaleur, on ne peut pas faire grand-chose. A condition de rester tranquille, de faire la sieste, de boire beaucoup, on supporte plutôt bien. Mais à force on n’en peut plus et on n’attend qu’une chose : la pluie.

 

Ouf ! Les pluies se font de plus en plus fréquentes depuis quelques jours ! On revit ! Même si pour les cultivateurs ce n’est pas suffisant. Il a plu 15 mm samedi dernier, pas assez pour commencer à labourer. La pluie « utile », celle qui inaugure l’hivernage et les travaux agricoles doit être supérieure à 30 mm, ce qui n’est pas encore le cas. Pour consacrer la saison des pluies, les Toumaks ont organisé des fêtes traditionnelles pendant trois jours pour faire venir la pluie. Trois jours de tamtam en continu. On pouvait les voir dans les rues de Goundi. Et les entendre la nuit. Les élèves de Maïmba et de Mamyong commencent à préparer leurs champs, qui sont en friches depuis les dernières récoltes il y a six mois. Il faut nettoyer les champs, couper les herbes, ramasser les feuilles, les faire brûler, répandre le compost. Si c’est un nouveau champ, il faut débrousser, couper quelques arbres ou les ceinturer pour qu’ils meurent. Tout ce travail se fait à la main, avec simplement la houe et la hache. C’est de l’agriculture sur brûlis.

 

 

La brousse

Il fait bon maintenant et c’est toujours sympa de se promener en brousse, pour aller accompagner les élèves, voir le champ de Roger ou Samuel. Avec Roberto et Marianne, on s’intéresse aux arbres. Il y en a beaucoup ici et surtout on ne les connaît pas. Alors on demande des explications à Giulio, Djim ou Roger. C’est beau ! A quoi ça sert ? Ça se mange ? Il y en a qui sont bizarres, comme le kapokier dont la gousse contient une espèce de coton, ou le « leucena » qui sert de pâturage pour les bœufs quand il n’y a plus rien à manger, le « nim » éloigne les moustiques… On voit peu de baobabs, d’ébénier, mais beaucoup de karités, de kaïcédrats, de manguiers… Tous n’ont pas leurs feuilles et leurs fleurs en même temps. Les Saras les connaissent bien et surtout leurs utilités. Chaque arbre en a plusieurs. Parfois on voit des animaux rares, comme la genette, l’écureuil gris, le grand kalao... On tombe par hasard sur une mue de serpent, très longue, ou encore un truc étrange, le «bate- ngere » (en sara, y a-t-il une traduction en français ?), sorte de petit lézard mou sans queue, inoffensif selon les 6èmes mais s’il te mord tu souffres beaucoup. Marianne a trouvé un serpent dans sa maison. On fait des essais culinaires (Roberto surtout) : la confiture de tamarin (bon laxatif), les pousses de rônier cuisinées par Boldjim (très amères).

 

 

Maïmba et Mamyong

Derrière Maïmba le projet de piste d’atterrissage, très attendue pour l’hôpital, avance très vite depuis qu’un gars est venu de Sarh avec son bulldozer. Il a fait 1km de piste en une semaine, avec, chaque jour, de nombreux spectateurs : les garçons de Maïmba intrigués par la belle et puissante machine. Les CP1 bouviers de mardi étaient tellement captivés par le spectacle que quelques bœufs en ont profité pour prendre la clé des champs, et il a fallu les retrouver à travers la brousse le lendemain. La réunion avec les éducateurs a donc été annulée ce jour-là.

 

On s’attache beaucoup à ces gamins qui c’est vrai n’ont pas une vie facile. Dès le CP1, ils doivent tout faire : se préparer à manger, faire la lessive, s’occuper des bœufs, travailler aux champs, et (quelle chance !) aller à l‘école. Ils aiment bien nous apprendre le sara, mais on n’est pas très doués pour cette langue, à cause des trois tons sûrement. Ces enfants n’ont presque rien alors ils se débrouillent : les filles de CE2 font le « mosso » (petit bénéfice) : elles achètent des arachides et les revendent grillées en petites quantité. Certains élèvent une poule. Les 6èmes, depuis qu’ils ont cassé deux seaux, n’en ont plus qu’un pour se laver… et ils sont 18. Alors souvent ils arrivent en retard à l’étude, car, de retour des champs, ils n’ont pas tous eu le temps de se laver. Dans le lot, il y en a souvent un qui est malade mais ils ne se plaignent pas.

 

Il n’y a pas que les enfants qui n’ont pas grand-chose. Depuis le temps qu’il nous le réclamait, nous avons offert un rateau à Kabo, notre « gardien », à notre retour de Sarh. Il était vraiment content et nous a dit qu’il voulait s’en acheter un depuis deux ans, mais qu’à Goundi il n’y en a pas. Les gens vivent au jour le jour. Parfois on leur reproche de ne jamais rien prévoir, mais comment ferait-on à leur place ?

 

 

La campagne présidentielle vue de Goundi

Avec les journaux qui arrivent un peu en retard, Rfi et la télé, on a pu suivre la campagne présidentielle. On a même pu voir à la télé les résultats du premier tour en direct, avec les commentaires des italiens de la mission. Entre les sept français, on est très partagés : les intentions de vote se répartissent de Ségo à Sarko, en passant par Bayrou, les Verts voire Bové. A table on n’est pas toujours d’accord. Les autres y vont de leurs commentaires : Renato l’italien est pour Ségolène, Léopoldo le chilien est pour Arlette… Les Tchadiens suivent aussi ces élections avec intérêt. D’après eux ce ne sera pas la même chose au Tchad en fonction du candidat. Certains sont contents que Chirac s’en aille, d’autres disent qu’il y aura plus de social au Tchad si la gauche est au pouvoir ! Les 6èmes ne sont pas trop pour qu’une femme soit au pouvoir car, si c’est la guerre, va-t-elle aller au combat ? Les infirmiers ont pu voir le débat Ségolène-Sarkozy, mercredi dernier, et ils ont été déçus : les deux candidats n’ont jamais parlé de l’Afrique. Nous on attend les résultats de dimanche avec un peu d’inquiétude...

 

 

Faire le point

Bénédicte, notre « chargée de mission » de la DCC, devrait arriver à Goundi ce soir. Ce sera pour nous l’occasion de faire le point depuis notre arrivée ici. Notre retour en France, à la mi-juillet, nous paraît de moins en moins loin : on tient le bon bout ! Première victoire : on a presque fait un an et on veut profiter des deux derniers mois de cette première année ! Avec Sandrine, on se complète plutôt bien : on essaye de ne pas déprimer, d’avoir le mal du pays, ou un coup de fatigue en même temps, comme ça il y en a toujours un qui peut remonter le moral à l’autre. Souvent on se dit qu’on aimerait quand même bien revenir l’année prochaine, juste pour revoir les gamins de Maïmba : avec le temps, on s’est un peu « apprivoisé », comme dans le Petit Prince. Ce n’était pas gagné mais une relation de confiance s’est établie petit à petit. Et puis finalement, un an, ça passe vite, non ? Parfois on pense le contraire et on se dit qu’on ne reviendra pas s’il faut constamment faire la police avec les maîtres et éducateurs de Maïmba. Et il faudrait que le Père puisse prendre le temps de nous écouter…

 

 

La galère toujours

A Goundi, il y a chaque semaine un problème  technique. Tout est tombé en panne au moins plusieurs fois : le pire c’est la voiture (freins, démarreur, câble d’accélération…), mais il y a aussi le vélo, les différents groupes électrogènes de Mamyong, de Maïmba, du puits, l’installation électrique de la maison, les prises, le réseau d’eau (joints qui fuient, plus d’eau à certaines heures, on est obligé de faire des réserves), l’imprimante, la photocopieuse, internet, la télé… Tout ! C’est le bordel ! Par exemple, depuis mardi on n’a plus d’électricité. Il a fallu attendre le samedi matin, quand par chance on n’avait pas cours, les élèves étant aux champs, pour s’en occuper. On a passé la matinée a essayé de localiser où avait eu lieu le cours circuit, avec Ivan, Faustin « Court » et Alamine, les deux électriciens de Goundi. Ils ne sont pas électriciens de formations mais ce sont eux qui s’y connaissent le plus en électricité. Heureusement on a quand même fini par réparer. Ici tout est comme ça : pas de « vrais » mécaniciens, électriciens, plombiers, encore moins d’informaticiens… et pas non plus de matériel correct, pas de bons outils, de pièces de rechange… Tout est à base de récup’. Les pièces ou outils intéressants disparaissent souvent, à tel point qu’il est souvent difficile de faire confiance. Plus largement, à Goundi, c’est très difficile de trouver quelqu’un de vraiment compétent dans son domaine, de l’enseignement à la santé en passant par les métiers techniques. Ceux qui sont bons partent tenter leur chance à N’Djamena ou à Sarh. Les meilleurs infirmiers partent tous, le seul bon mécano, « Gilbert », est parti. A chaque fois c’est un coup dur pour Goundi, pour ceux qui restent.

 

 

Par Sandrine et François - Publié dans : sandrine-et-francois
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Dimanche 15 avril 2007

Depuis que nous avons décidé, avec Ivan et Béatrice, de ne plus aller à Zakouma (trop incertain), plusieurs possibilités s’offraient à nous pour les vacances : partir à N’Djamena avec Taye, à Goré avec les sœurs, ou aller à Sarh par nos propres moyens, c’est-à-dire par les occasions du marché. Nous choisirons la dernière option.

 

Première étape : trouver une voiture pour aller à Koumra

 

Nous nous y sommes pris la veille. Le dimanche soir nous sommes allés chez Ousmane, on aime bien boire un coca, un maltina ou autre « sucrerie » chez lui. On lui fait par de notre intention de nous rendre à Sarh. Quelques minutes plus tard, un type s’arrête devant nous en voiture, descend et nous dit qu’il est prêt à nous emmener, et qu’on peut partir maintenant si on veut. Il travaille pour le château d’eau de Goundi et fait le trajet Koumra-Goundi tous les jours. Sa voiture, une Hilux, paraît en bon état. D’accord mais il faut négocier le prix. Son premier prix : 150 000 F CFA pour les quatre personnes ! A titre de comparaison il faut 12 000 F si nous partons avec l’occasion du marché, soit plus de 10 fois moins… Après 45 minutes de discussion, le temps de boire un thé offert par Ousmane, de garder la boutique car c’est l’heure de la prière pour les musulmans, nous arrivons, Ivan surtout, difficilement à baisser le prix : 150 000 F CFA pour les quatre personnes ! A titre de comparaison il faut 12 000 F si nous partons avec l’occasion du marché, soit plus de 10 fois moins… Après 45 minutes de discussion, le temps de boire un thé offert par Ousmane, de garder la boutique car c’est l’heure de la prière pour les musulmans, nous arrivons, Ivan surtout, difficilement à baisser le prix  :  20  000 F. Autant dire un exploit. Le rendez-vous est fixé pour demain matin à sept heures.

 

Deuxième étape : quitter Goundi

 

Mais le lundi matin le chauffeur a disparu. Il est passé avant nous chez Ousmane pour dire qu’il ne part plus… On se dit que c’est peut-être une combine pour augmenter le prix, que si nous lui donnons 5 000 ou 10 000 F de plus il finira par réapparaître, mais nous ne céderons pas. Nous allons nous renseigner pour les occasions du marché mais il n’y a plus de place dans la cabine et nous ne voulons pas monter sur le toit ou dans la benne : le soleil tape trop fort et ce n’est pas vraiment prudent. Nous retournons à la maison des laïcs et faisons le point : comment quitter Goundi cette semaine ? Une solution peut-être : on sait que les Pères de la paroisse se rendent souvent à Koumra, on peut toujours se renseigner. Au presbytère, une fois de plus, nous sommes très bien reçus par Benjamin et Magnus. Nous leur expliquons notre situation. Le Père Xavier arrive et nous dit qu’il a besoin d’aller à Koumra et que si on veut dans dix minutes on est parti. C’est vraiment très sympa. Quelques instants plus tard nous sommes sur la route de Koumra. Il est 9h.

 

Troisième étape : trouver une voiture pour aller à Sarh

 

Après une pause dans le village de Mayo, village Toumak où il y a une forte communauté chrétienne, nous arrivons à Koumra vers 10h30. Xavier se charge de nous trouver quatre places dans la cabine pour aller à Sarh. Cette fois il n’y a pas à négocier le prix, ce sera  2 500 F par personnes. Le temps que le chauffeur  remplisse la voiture, nous prenons un verre dans un bar et attendons (très longtemps) dans une boutique, une espèce de hangar, de Celtel (le téléphone). Vers 14h on nous fait signe que nous pouvons embarquer. Serrés comme des sardines, il y a trois personnes à l’avant, nous quatre avec nos sacs sur la banquette arrière, cinq personnes sur le toit et une dizaine de personnes dans la benne, assis sur les divers bagages. Le tableau devait être assez sympa, et on ne devait plus voir grand-chose de la carrosserie de la voiture, derrière les jambes, les pieds et les bras des gens. Nous voilà en route pour Sarh ! Enfin !!!

 

Quatrième étape : la route de Sarh

A peine quitter Koumra, nous sommes arrêtés pour un contrôle de police. Vérification des passeports. Pas de problèmes pour nous mais il y a deux Nigériens dans la voiture qui n’ont pas de papiers. Nous resterons coincés là trois quarts d’heures, avant de repartir. Nous ne sommes pas rendus à Sarh ! Deuxième arrêt à Bessada, le temps d’embarquer une maman que son petit garçon a beaucoup de mal à quitter, et deuxième contrôle de police à Nguéra, à 30 km de Sarh. Cette fois le policier est moins sympa, et nous fait descendre de la voiture. Il veut garder nos passeports, que nous devrons récupérer à Sarh. Pas cool… Avec Ivan nous lui expliquons que nous sommes de l’hôpital de Goundi, et que nous voyageons comme ça car notre voiture est en panne… Nous lui proposons deux efferalgans. Et il nous rend nos passeports. Mais il faudra attendre longtemps avant de repartir car il y a toujours les deux Nigériens qui ne sont pas en règle.

 

Quand nous arrivons à Sarh, il est 17h30. Nous n’avons rien mangé depuis 6h du matin et nous sommes vannés par le voyage qui se sera, somme toute, bien passé. Nous sommes accueillis par les coopérants DCC qui ne sont plus que deux, Stéphanie et Jérémie. Thierry a arrêté son contrat.

 

 

Pendant quatre jours, nous passerons nos matinées dans le grand marché de Sarh, vraiment très agréable, et nos fins d’après-midi au bord du Chari, avec ses oiseaux de toutes sortes. Nous aurons la chance d’admirer le bain d’une maman hippopotame avec ses deux petits pendant plus d’une heure peut-être. Spectacle plein de tendresse et hors du temps.

 

Le retour de Sarh, vendredi, a été moins épique. Prosper de l’hôpital, qui avait des courses à faire à Sarh, nous a ramené en voiture. Nous croiserons quand même trois petits singes, et nous descendrons de la voiture, dans le noir et les pieds dans la boue, car un arbre, tombé à cause de la tempête, barrait la route. Et oui, les premières pluies arrivent !

 

Par Sandrine et François - Publié dans : sandrine-et-francois
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Jeudi 5 avril 2007

Sarh

 

Nous avons pu aller à Sarh ! Ou plutôt, nous avons pu sortir de Goundi !

 

Jusqu’à la dernière minute nous n’étions pas sûr de pouvoir partir. Problème de voiture d’abord, la Uaz est trop incertaine (pas de papiers, pas de freins…), Maria serait prête à nous laisser la voiture de l’hôpital (une belle Hilux comme il y en  beaucoup au Tchad), mais il faut qu’elle soit disponible et que ce soit Giulio ou Taye qui conduise. Ouf ! La voiture est libre et Giulio veut bien nous emmener à Sarh. Le trajet s’est passé plutôt rapidement : Giulio  conduit vite et on peu dire qu’on a « volé bas » jusqu Sarh.

 

Arrivés à Sarh, nous entrons dans une rue où bizarrement il y a plein d’enfants. Giulio tente de se frayer un chemin et nous comprenons : le consul vient d’arriver… en hélicoptère. Le lendemain nous assisterons au décollage de l’hélico c’est très impressionnant. Au passage nous aurons eu le temps d’échanger quelques mots avec quelques soldats français, surpris de nous voir ici.

 

Nous avons pu voir le consul par rapport aux élections présidentielles et au vote par procuration : tout va bien on pourra voter sans problème. A ce propos, c’est un peu frustrant de suivre la campagne présidentielle d’aussi loin. On a bien des infos par les médias classiques, mais on aimerait bien en discuter un peu plus, avoir les avis de chacun. N’hésitez pas à nous écrire !

 

Nous profitons de ces trois jours à Sarh pour nous changer les idées : aller au resto (deux fois), admirer le fleuve et ses hippopotames (on n’en verra malheureusement pas cette fois-ci, juste quelques enfants Peulhs qui venaient faire boire leurs ânes), se perdre dans le marché et faire quelques courses, boire un coup en ville, acheter des cartes postales… Ce passage à Sarh nous aura fait beaucoup de bien.

 

 

Mamyong

 

A Mamyong, rien n’est simple. Une fois de plus il n’y a plus assez de mil pour finir l’année. Certaines classes ont même mangé les semences pour l’année prochaine. Pour le collège on ne donne rien  pour la sauce. Ils doivent récolter suffisamment pour manger et en vendre une partie pour acheter la sauce. Du coup ils commencent à chercher les fruits sauvages.

Problème de gestion, problèmes de terres, d’eau ou de motivations ?

 

 

Adama

 

Adama est une petite fille qui est un petit peu collante.

 

A Goundi, elle peut vous tomber dessus n’importe où n’importe quand… Vous êtes chez vous tranquillement et elle vient vous montrer son cahier plein de dessins, vous allez vous promener au marché, vous la croisez et vous pouvez être sûr qu’elle va vous suivre dans toutes les petites boutiques que vous ferez, vous traversez l’hôpital et elle court vers vous… Avec sa façon de vous parler comme si vous compreniez le Sara c’est parfois insupportable.

 

Au début on réagit très mal. On veut se montrer très méchant pour qu’elle nous laisse tranquilles : on fait des grands gestes, des gros yeux… mais rien n’y fait, elle revient toujours. En fait Adama est une petite fille d’une dizaine d’années qui a un problème : elle est entre autre épileptique. Les épileptiques sont souvent rejetés par leur famille. C’est son cas, alors elle traîne dans Goundi. Quelques infirmières de l’hôpital s’en occupent un peu, elle mange parfois au centre nutritionnel. Peut-être que tout Goundi s’en occupe plus où moins.

 

On finit par s’y attacher. Ça ne nous dérange plus qu’elle nous suive au marché, d’ailleurs les commerçants l’aiment bien. Mais la semaine dernière Adama s’est rendue à l’hôpital avec un de ses seuls biens : sa natte pour dormir. Elle a juste demandé de l’eau. Elle a fait quelques convulsions… et elle est morte. Dès le lendemain elle est enterrée, et c’est fini. Qu’est-ce qu’on peut faire ? A qui adresser nos condoléances ?

 

 

 

 

Les vacances

Plus que quelques jours et c’est les vacances ! Unique occasion de l’année de voyager un peu dans le pays. Un moment on pensait aller au Parc de Zakouma, l’un des plus beaux d’Afrique Centrale, vers An Timan, avec ses lions, ses éléphants, ses girafes… On avait presque un chauffeur et une voiture. Mais le soir même, on apprend que des gardes du parcs se sont faits tués récemment… Nous n’avons pas envie de ne nous retrouver dans des situations dangereuses, face à des coupeurs de route prêts à nous tirer dessus pour un oui ou un non, alors nous renonçons au voyage. Nous creusons la piste de N’Djamena.

 

En attendant nous continuons de découvrir Goundi. Samedi nous sommes allés manger chez les pères (tchadiens). On a un peu discuté de l’histoire du Tchad. Le Père Xavier se veut optimiste, il pense que les choses évoluent dans le bon sens, mais tout doucement alors les gens ne s’en rendent pas compte. Apparemment, les gens nous le disent souvent, la pire période pour le pays fut celle des années 80, lors de la guerre civile et de la dictature qui a suivi. Il raconte avoir vu son père tirer sur d’autres, les gens partir à pied, à cheval, pour aller brûler les villages qui se trouvaient sur le passage. Les gens tomber devant lui… Avant cette période il y avait beaucoup d’animaux sauvages, des éléphants : ils ont tous disparu. Les gens vivraient mieux maintenant, ils sont un peu plus libres.

 

Les prêtres de Goundi sont des gens qui ont fait des études et ils réfléchissent beaucoup sur leur pays, sur l’Afrique et le développement. Que l’on soit croyant ou non il faut reconnaître qu’ils jouent un rôle très important, ils disent des choses censées pour le développement de leur pays. Ils ont une certaine influence et ils contribuent à faire évoluer les mentalités. C’est toujours très intéressant de parler avec eux d’autant plus qu’ils sont jeunes et sympas.

 

 

 

Béadoumadji, Djaïdebaye, Gotembaye, Médard, Bernadette, Nicole et les autres…

 

Les élèves de maïmba et Mamyong sont quasiment tous chrétiens, alors ils ont un nom chrétien. Ils s’appellent Jean-Paul, Robert, Berthe, Germaine, Daniel, Nicole, Joseph, Alphonse, Auguste, Norbert, Ernest… Nous, ça nous fait toujours un peu bizarre d’appeler un gamin de douze ans Ernest. Heureusement, ils ont aussi un nom sara qui est très poétique. Ils s’appellent Djaïngue (« Allons en famille »), Guirdenante (« Pensez aux autres »), Nguombaye (« Attends-moi encore »), Onoumbaye (« Prends-moi encore »), Allaïsseme (« Dieu avec nous »),…

Par Sandrine et François - Publié dans : sandrine-et-francois
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Dimanche 18 mars 2007

Le Sara c’est compliqué

La langue sara utilise trois tons. Il faut vraiment avoir l’oreille pour ne pas confondre tout. D’après la façon dont on le dit, « ba » en sara désigne la mer, l’étranger, le sein, le voyage…  et sûrement plein d’autres choses encore.

 

La journée de la femme

Jeudi 8 mars, c’était la journée de la femme. Aucune femme ne va au travail. Sandrine, qui n’avait pas pris la chose trop au sérieux, s’en est rendue compte par elle-même quand ses collègues ont souri  en la voyant arriver à l’école. Bref, elle a dû rentrer à la maison.

La journée de la femme est aussi un jour de fête pour les hommes. On est allé se promener dans Goundi et nous sommes allés prendre un verre à l’oasis. On a vu Raymadji ; il nous a dit que son épouse lui avait donné l’argent pour aller au marché (c’est le jour où les hommes font les courses), mais il n’est pas allé plus loin que l’oasis. Il nous a dit que sa femme devait faire la fête à la maison, alors il fallait la laisser tranquille.

 

Tous les jours j’entends parler du sida

Sous l’initiative de Renato, médecin à l’hôpital, nous menons à Mamyong un projet de sensibilisation et de lutte contre le sida, maladie « honteuse » ici. Ce fléau touche plus de 42 millions de personnes en Afrique, il concerne désormais autant la brousse que la ville et il est arrivé à Goundi et au collège… William, le Centrafricain, est un des acteurs principaux du projet. Il a déjà mené un projet similaire quand il était étudiant à Bangui. Notre objectif : sensibiliser les collégiens sur ce sujet pour qu’ils soient des vecteurs d’informations auprès de leur entourage.

 

Lycée public

Les professeurs titulaires sont payés par l’Etat ; mais les vacataires eux le sont par l’association des parents d’élèves. Au lycée public de Goundi, il y a 11 professeurs titulaires et 19 vacataires. Tous les parents n’ont pas payé la cotisation, or c’est cet argent qui devait servir à payer les professeurs. Le président de l’association, Mahmat, a calculé  qu’il ne pourrait continuer de donner tous ces salaires que pendant un mois ou deux. Comment les élèves vont-ils finir l’année ?

 

Evariste et Alice ont eu un petit bébé.

Du beau travail ! Le jeune et sympathique couple d’éducateurs de Maïmba (un peu plus âgés que nous) voit la petite famille s’agrandir à nouveau. Un très joli nom en Sara (que l’on a oublié) qui veut dire « Dieu est grand pour ce qu’il nous a donné ». Espérons qu’il trouve sa place auprès de ses quatre frères et deux sœurs.

 

Arrivée et départs

Une nouvelle tête à la maison des laïcs : Roberto. Il est italien et fait une thèse dans le domaine de la nutrition. Il est ici pour trois mois. Par contre nos amis Argentins vont nous quitter d’ici quinze jours…

 

Que calor !

31°C à 6h du matin, le meilleur moment de la journée ; 36°C dans la maison à 16h, après la sieste. Nous faisons quelques expériences : on transpire quand il fait chaud, la douche fait du bien…

 

Les travaux de la maison avancent !

Après notre belle palissade en secco installée en novembre, nous avons maintenant une belle véranda… en secco. La réalisation a été faite entièrement par moi… et surtout par Kabo, notre gardien, un peu casse-cou dans la mise en place de la couverture du toit. Le résultat est très joli.

 

Investissement dans le mobilier

Avec la chaleur qu’il fait, nous pourrons ainsi dormir dehors à l’abri des regards.

D’ailleurs nous avons fait faire un magnifique lit en « rotin », par un gars de Wagal, le village près de Mamyong. Après la négociation de règle ici, nous nous sommes arrêtés au prix de 2750 F CFA. Autant dire une folie.

 

Dîner aux chandelles

La maison des laïcs c’est très sympa et très pratique, ça ne nous empêche pas d’avoir envie de manger chez nous. C’est très romantique, avec la lampe tempête. A côté des rondins de bois de notre véranda et de notre palissade, il y a un côté très camping à la ferme ou très scout, ça détend. Honnêtement, c’est quand même galère : les bestioles qui tombent dans le verre, pas de frigo, pas de gaz… Difficile de faire autre chose que des pâtes ou du riz ! Il faut s’y mettre, mais quel plaisir à la fin !

 

Vivement les vacances !

Nous travaillons six jours sur sept depuis le mois de janvier, nous comptons les jours jusqu’à Pâques, en espérant fortement faire une escapade à N’Djamena, et pourquoi pas le parc de Waza au Cameroun ! Rêvons un peu ! Une idée qui commence à devenir une obsession : sortir de Goundi !

 

Rester un an ou deux ?

Au bout de six mois ici, on vous l’avoue, on se pose souvent la question. Nous ne sommes pas malheureux ici, mais vous nous manquez beaucoup ! Et puis un inconvénient majeur : nous sommes complètement bloqués ici. On se dit quand même que si on part définitivement on aura un petit pincement au cœur. Enfin, nous n’allons pas prendre la décision maintenant, il nous reste 4 mois avant les congés de « mi-parcours ».

 

Par Sandrine et François - Publié dans : sandrine-et-francois
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Vendredi 2 mars 2007

Barzana et la nouvelle maternité

Connaissez-vous Barzana ? C’est en Italie, pas très loin de Milan, petite commune de mille habitants. Parmi eux il y a Maria, jeune médecin qui travaille à l’hôpital de Goundi depuis trois ans. Les Barzanais, à travers leur association « Pro Loco Barzana », ont décidé de récolter des fonds pour une œuvre caritative. Ils se sont tournés vers Goundi.

 

Pendant tout l’été, ils ont organisé des fêtes, des grands repas, afin de récolter des fonds pour l’hôpital. L’opération a tellement bien marché qu’ils ont récolté énormément d’argent, bien plus qu’ils n’avaient imaginé. Incroyable, ils ont accumulé plus de 100 000 euros, somme qui servira à construire la nouvelle maternité de Goundi. Ils ont également réussi à acheter une voiture qui servira pour l’hôpital.

 

La maison des laïcs

A Goundi, nous habitons en face de l’hôpital, mais vu que ce n’est vraiment pas très pratique de faire la cuisine dans notre petite maison, nous allons manger midi et soir à la « maison des laïcs » (elle s’appelle comme ça car elle est à côté de la maison des Jésuites). Là, on y trouve un frigo, un congélateur, du gaz pour la cuisine, des bons fauteuils et une télé pour la détente (quand les batteries fonctionnent : ça fait plus d’un mois que l’on n’a pas regardé de film !), et une connexion internet pour la communication. On y croise des gens de passage pour un travail à l’hôpital, des coopérants comme nous, quelques médecins occidentaux qui sont là depuis quelques années, et Guilio, l’agronome, à Goundi depuis trente ans.

 

Nous sommes entre une petite dizaine et une vingtaine à venir manger ici. La majorité sont Italiens ou Français, on rencontre souvent des Espagnols, des Suisses et parfois des Américains. Il y aussi des Tchadiens venus de N’Djamena ou des Africains du Centrafrique, du Burkina… En ce moment, nous sommes treize : quatre Italiens (Anna, Maria, deux médecins, Emilio, directeur de l’école, et Giulio), sept Français (Mariane, laborantine, Lucile, infirmière, Charles, Ivan, Béatrice et nous deux, instit’ et profs) et deux Argentins (Ignacio et Luz, médecins en fin d’étude). A table c’est très sympa, les discussions sont un mélange de français, d’italien et d’espagnol. C’est super, cet endroit nous permet de faire de nombreuses rencontres de nombreux pays.

 

Nous vivons un peu au rythme de l’hôpital

Vu que la maison des laïcs est de l’autre côté de l’hôpital, que c’est bien plus court de passer à travers et que le soir c’est parfois flippant de contourner à cause des chiens (on y passe parfois mais toujours avec un bâton !), nous traversons tous les jours l’hôpital. On passe entre les familles, installées dans la cour, sur des nattes, qui sont là pour s’occuper d’un membre hospitalisé. Ça nous permet de voir beaucoup de gens différents : différentes ethnies, les gens de la ville, de la brousse, riches, pauvres… Le soir, après manger, quand on coupe, on échange quelques mots avec le gardien avec qui on a sympathisé, Dojin, étudiant le jour au centre de formation des maîtres et portier de l’hôpital la nuit. On croise parfois, dans le noir, devant l’hôpital, des gens en charrette qui emmène un blessé ou un malade aux urgences…

 

Nous faisons ce parcours depuis septembre dernier. Ainsi, nous avons pu voir l’avancée de la nouvelle maternité. Celle-ci est maintenant terminée depuis trois semaines. Une délégation de cinq Barzanais (Livio, Mirella, Gianni et les parents de Maria) est venue pendant un mois, histoire d’apprécier le résultat de l’initiative, et d’être présents à l’inauguration de l’hôpital. C’était une belle cérémonie. Beaucoup de monde : Sara, Toumaks, Arabes, commerçants, représentants des différentes religions, militaires, infirmiers, cultivateurs, éleveurs, simples patients de passage à l’hôpital… Les enfants de Maïmba ont été réquisionnés pour chanter. C’était un moment de solidarité et beaucoup de messages de paix ont été dit.

 

Nous, à la maison des laïcs, avec les Italiens à tous les repas, c’était un peu la fête pendant un mois.

 

 

Coup de gueule

Loin de chez soi

Qui a dit : « La France, tu l’aimes ou tu la quittes ? »

Nous on l’aime bien la France mais on a choisi de vivre au Tchad pour quelques temps.

 

Même si ce n’est pas facile d’être loin de son pays.

Surtout quand, parfois, les gens, les enfants, se moquent de vous, ne cherchant pas à comprendre vos différences, ils voudraient vous voir agir différemment, voudraient vous dire comment vous devez être, ce que vous devez pensez et ce que vous devez dire. Ils vous font bien sentir que vous n’êtes pas comme eux et que vous n’êtes pas chez vous ! C’est très déstabilisant. Entre humour, jalousie et  méchanceté, on est parfois perdu, et dans ces moments-là, on est vraiment tenté de rejoindre le plus vite possible la famille et les amis qu’on a quittés.

 

Tous les Africains qui ont eu la « chance » d’arriver en France n’ont pas cette possibilité. Pour la plupart, du moins ceux que l’on connaît, ils ont quitté un pays qu’ils aiment beaucoup mais qui ne leur offre pas toujours un avenir facile.

 

Et nous, quand on a le mal du pays, le moral remonte comme une flèche quand on sort de la maison, et que les voisins, en train de balayer devant chez eux, de faire la lessive ou tranquillement assis sur une chaise, vous font de grands gestes d’amitié avec des sourires jusqu’aux oreilles : « Bonjour François, Bonjour Sandrine ! Comment ça va ? Et la France ? La famille ? Et les amis ? Et le travail ? »

 

Alors là, c’est sûr, on est obligé de dire que, oui, ça va super bien !

 

Par Sandrine et François - Publié dans : sandrine-et-francois
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