Malgré la petite pluie qu’on a eu en rentrant de Sarh, il a fait vraiment très très chaud les deux dernières semaines d’avril. Dès 6h du matin, le thermomètre affiche des températures de
Ouf ! Les pluies se font de plus en plus fréquentes depuis quelques jours ! On revit ! Même si pour les cultivateurs ce n’est pas suffisant. Il a plu
La brousse
Il fait bon maintenant et c’est toujours sympa de se promener en brousse, pour aller accompagner les élèves, voir le champ de Roger ou Samuel. Avec Roberto et Marianne, on s’intéresse aux arbres. Il y en a beaucoup ici et surtout on ne les connaît pas. Alors on demande des explications à Giulio, Djim ou Roger. C’est beau ! A quoi ça sert ? Ça se mange ? Il y en a qui sont bizarres, comme le kapokier dont la gousse contient une espèce de coton, ou le « leucena » qui sert de pâturage pour les bœufs quand il n’y a plus rien à manger, le « nim » éloigne les moustiques… On voit peu de baobabs, d’ébénier, mais beaucoup de karités, de kaïcédrats, de manguiers… Tous n’ont pas leurs feuilles et leurs fleurs en même temps. Les Saras les connaissent bien et surtout leurs utilités. Chaque arbre en a plusieurs. Parfois on voit des animaux rares, comme la genette, l’écureuil gris, le grand kalao... On tombe par hasard sur une mue de serpent, très longue, ou encore un truc étrange, le «bate- ngere » (en sara, y a-t-il une traduction en français ?), sorte de petit lézard mou sans queue, inoffensif selon les 6èmes mais s’il te mord tu souffres beaucoup. Marianne a trouvé un serpent dans sa maison. On fait des essais culinaires (Roberto surtout) : la confiture de tamarin (bon laxatif), les pousses de rônier cuisinées par Boldjim (très amères).
Maïmba et Mamyong
Derrière Maïmba le projet de piste d’atterrissage, très attendue pour l’hôpital, avance très vite depuis qu’un gars est venu de Sarh avec son bulldozer. Il a fait 1km de piste en une semaine, avec, chaque jour, de nombreux spectateurs : les garçons de Maïmba intrigués par la belle et puissante machine. Les CP1 bouviers de mardi étaient tellement captivés par le spectacle que quelques bœufs en ont profité pour prendre la clé des champs, et il a fallu les retrouver à travers la brousse le lendemain. La réunion avec les éducateurs a donc été annulée ce jour-là.
On s’attache beaucoup à ces gamins qui c’est vrai n’ont pas une vie facile. Dès le CP1, ils doivent tout faire : se préparer à manger, faire la lessive, s’occuper des bœufs, travailler aux champs, et (quelle chance !) aller à l‘école. Ils aiment bien nous apprendre le sara, mais on n’est pas très doués pour cette langue, à cause des trois tons sûrement. Ces enfants n’ont presque rien alors ils se débrouillent : les filles de CE2 font le « mosso » (petit bénéfice) : elles achètent des arachides et les revendent grillées en petites quantité. Certains élèvent une poule. Les 6èmes, depuis qu’ils ont cassé deux seaux, n’en ont plus qu’un pour se laver… et ils sont 18. Alors souvent ils arrivent en retard à l’étude, car, de retour des champs, ils n’ont pas tous eu le temps de se laver. Dans le lot, il y en a souvent un qui est malade mais ils ne se plaignent pas.
Il n’y a pas que les enfants qui n’ont pas grand-chose. Depuis le temps qu’il nous le réclamait, nous avons offert un rateau à Kabo, notre « gardien », à notre retour de Sarh. Il était vraiment content et nous a dit qu’il voulait s’en acheter un depuis deux ans, mais qu’à Goundi il n’y en a pas. Les gens vivent au jour le jour. Parfois on leur reproche de ne jamais rien prévoir, mais comment ferait-on à leur place ?
La campagne présidentielle vue de Goundi
Avec les journaux qui arrivent un peu en retard, Rfi et la télé, on a pu suivre la campagne présidentielle. On a même pu voir à la télé les résultats du premier tour en direct, avec les commentaires des italiens de la mission. Entre les sept français, on est très partagés : les intentions de vote se répartissent de Ségo à Sarko, en passant par Bayrou, les Verts voire Bové. A table on n’est pas toujours d’accord. Les autres y vont de leurs commentaires : Renato l’italien est pour Ségolène, Léopoldo le chilien est pour Arlette… Les Tchadiens suivent aussi ces élections avec intérêt. D’après eux ce ne sera pas la même chose au Tchad en fonction du candidat. Certains sont contents que Chirac s’en aille, d’autres disent qu’il y aura plus de social au Tchad si la gauche est au pouvoir ! Les 6èmes ne sont pas trop pour qu’une femme soit au pouvoir car, si c’est la guerre, va-t-elle aller au combat ? Les infirmiers ont pu voir le débat Ségolène-Sarkozy, mercredi dernier, et ils ont été déçus : les deux candidats n’ont jamais parlé de l’Afrique. Nous on attend les résultats de dimanche avec un peu d’inquiétude...
Faire le point
Bénédicte, notre « chargée de mission » de
La galère toujours
A Goundi, il y a chaque semaine un problème technique. Tout est tombé en panne au moins plusieurs fois : le pire c’est la voiture (freins, démarreur, câble d’accélération…), mais il y a aussi le vélo, les différents groupes électrogènes de Mamyong, de Maïmba, du puits, l’installation électrique de la maison, les prises, le réseau d’eau (joints qui fuient, plus d’eau à certaines heures, on est obligé de faire des réserves), l’imprimante, la photocopieuse, internet, la télé… Tout ! C’est le bordel ! Par exemple, depuis mardi on n’a plus d’électricité. Il a fallu attendre le samedi matin, quand par chance on n’avait pas cours, les élèves étant aux champs, pour s’en occuper. On a passé la matinée a essayé de localiser où avait eu lieu le cours circuit, avec Ivan, Faustin « Court » et Alamine, les deux électriciens de Goundi. Ils ne sont pas électriciens de formations mais ce sont eux qui s’y connaissent le plus en électricité. Heureusement on a quand même fini par réparer. Ici tout est comme ça : pas de « vrais » mécaniciens, électriciens, plombiers, encore moins d’informaticiens… et pas non plus de matériel correct, pas de bons outils, de pièces de rechange… Tout est à base de récup’. Les pièces ou outils intéressants disparaissent souvent, à tel point qu’il est souvent difficile de faire confiance. Plus largement, à Goundi, c’est très difficile de trouver quelqu’un de vraiment compétent dans son domaine, de l’enseignement à la santé en passant par les métiers techniques. Ceux qui sont bons partent tenter leur chance à N’Djamena ou à Sarh. Les meilleurs infirmiers partent tous, le seul bon mécano, « Gilbert », est parti. A chaque fois c’est un coup dur pour Goundi, pour ceux qui restent.
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