
Nous voilà de retour en France... Pour le plaisir, trois photos prises par Roberto, il y a deux mois, au centre nutritionnel de Goundi :
...Suite des aventures tchadiennes en septembre...
Nous aurons passé le mois de juin à attendre.
Notre partenaire avait dit qu’il passerait trois semaines à Goundi en juin. Finalement, il ne sera resté que deux jours. Les multiples problèmes de Maïmba et de Mamyong sont vite réglés : Il n’y a pas assez de sacs de mil prévus pour la nourriture des élèves ? Ils n’ont qu’à gérer mieux. Le moulin est en panne ? Ils n’ont qu’à piler le mil à la main. Ça se passe mal avec certains maîtres ? On n’a qu’à les virer… A 20h30, il reçoit un coup de fil : un ministre veut le rencontrer demain matin à 9h, à N’Djamena, pour l’hôpital. Il y aurait beaucoup d’argent à la clé. Une heure après il est parti, il roulera toute la nuit. Incroyable ! On apprendra par la suite qu’il a carrément reçu le Président du Tchad à l’hôpital. Alors les enfants de Maïmba peuvent bien attendre…
Abandonnés à Goundi, on s’occupe comme on peut. Le moulin de Maïmba est en panne alors nous emmenons les sacs au moulin de Mamyong. Chaque semaine, il y a cinq sacs de grains de cents kilos à transformer en farine, ça prend du temps. On prépare des petites choses pour la rentrée prochaine (on couvre les livres…). Nous passons le week-end pour voir si les jeux se passent bien… Il y a parfois des types pas très fréquentables qui viennent au terrain. Certains sont agressifs et menaçants, alors en leur rappelant que le terrain n’est pas à eux, on n’en mène pas large… Comment vont-ils réagir ? Finalement ils sont partis, on a eu raison de ne pas se dégonfler. On va voir les gens. Sandrine apprend la couture avec Michel. Nous sommes allés rendre visite à Kabo dans Goundi, à travers un dédale de pistes dans le quartier, on était perdu ! Il nous a montré son bœuf… et sa femme !
Dimanche dernier, la fête de fin d’année de Mamyong aura été un temps fort de l’année. Elle était un peu en l’honneur d’Ivan et Béatrice qui mettent un terme à leurs deux années de coopération à Goundi. Pendant la journée, les jeunes auront beaucoup dansé au son des percussions habituelles, c’est très spectaculaire ! Nous aurons bavardé autour d’un bon plat de riz avec du cabri. La journée s’est terminée par le traditionnel match de football, avec, geste ô combien symbolique, un but marqué par Ivan (sur pénalty). Il faisait déjà noir quand nous sommes rentrés, laissant ceux de Mamyong danser toute la nuit. C’était une fête vraiment réussie, pleine d’émotion, et tout le monde était heureux. Surtout les élèves qui ont mangé de la viande pour une fois.
L’année prochaine devrait être moins pénible. Il paraît qu’une voiture est prévue pour nous. Espérons. Et puis nous profiterons de tous les liens que nous avons réussi à tisser cette année.
En allant à Mamyong, nous avons eu la chance d’apercevoir de belles gazelles. Maintenant nous attendons la prochaine voiture pour N’Djamena…
Tournée des écoles
Il n’a pas fallu longtemps pour convaincre Prosper Beotombaye – celui de l’hôpital – de nous emmener à l’école de son village, en brousse. Il avait envie de prendre l’air lui aussi. Il nous propose même mieux : faire le tour des écoles de Gangara avec « Patcha » (Patchalangar en fait), le conseiller pédagogique de la circonscription de Gangara, au sud de Goundi. Il sera notre guide. Ainsi tout le monde s’y retrouve : Patcha fait sa tournée des écoles en voiture au lieu de la faire en vélo, Prosper va suivre un peu les différents projets des écoles auxquels il participe, rendant par la même occasion visite à ses amis et à sa famille, et nous on ne demande pas mieux que de voir du pays et découvrir les écoles de brousse.
Jeudi 24 mai, de 7h30 à 13h, nous ne verrons pas moins de dix écoles – Boudobo, Kidirte, Gangara, Koumaï, Kaga, Mondibate, Koumbote, Kapoyo, Kitepobo et Goli –, une cinquantaine de maîtres (dont une femme) et surtout des centaines et des centaines de gamins !
Les écoles les plus modestes ne sont constituées que d’un « hangar », composé de tiges de mil et qu’il faut refaire chaque année. Les élèves sont assis sur des rondins de bois, il y a parfois des tables. Parfois ils s’assoient à même le sol. Les écoles de Gangara, Koumaï et Kaga ont des bâtiments en briques, travaux financés par l’état (Gangara), par des ONG (Worldvision, Koumaï) ou par des particuliers (Kaga, village natal de Prosper). Seule l’école de Kaga à l’électricité grâce à des panneaux solaires. Nulle part les élèves ne disposent de manuels de lecture ou de calcul, seuls les maîtres en possèdent un exemplaire (et encore ce n’est pas le cas partout). Certaines classes sont effrayantes : à Kaga il y a 184 élèves en CP. Les classes les plus jeunes sont les plus chargées, avec une moitié de filles, puis les effectifs diminuent jusqu’au CM2, la proportion de filles diminuant nettement avec l’âge.
Partout nous sommes bien accueillis. Certaines classes nous réservent un chant d’accueil. On nous offre à boire à Kaga. Nous repartirons avec un poulet de Katepobo puis de Goli. Passage obligé pour les étrangers que nous sommes, nous finirons notre tournée chez le sous-préfet de Gangara qui se serait fâché si on avait refusé l’invitation. Au menu : du poulet. Finalement, à table, la discussion est sympa. Nous parlons de politique, de
Arrivés à la maison à 15h, nous nous écroulons sur le lit, contents de notre journée.
Fin d’année scolaire perturbée
Vendredi dernier avait lieu le concours d’entrée en 6ième. Jusqu’au matin même, personne ne savait s’il aurait lieu. En effet les fonctionnaires tchadiens sont en grève depuis plus d’un mois, et quelques jours avant le concours ils parlaient de durcir leur mouvement. Finalement tout s’est bien passé à Goundi, les syndicats étaient là, quelques gendarmes, mais pas de soucis. Le bac a commencé mardi, on ne sait pas pour le moment comment ça se déroule et si dans tout le pays tout le monde a pu commencer.
A Maïmba, les cours sont l’après-midi. Et ce n’est vraiment pas terrible. Les élèves sont fatigués de leurs travaux du matin, énervés, les maîtres ne sont plus motivés, arrivant avec parfois une heure de retard (« j’étais à table », « il y a des étrangers chez moi »), prétextant parfois des excuses bidons pour ne pas venir… Et puis la pluie nous a joué un mauvais tour. Elle s’est arrêtée pendant quinze jours. Du coup on ne sait pas s’il va pleuvoir le lendemain ou pas, s’il faut semer ou pas… Tout le monde attend, ne pense qu’à ça… Ceux qui ont semé trop tôt, comme les élèves de Maïmba, ont perdu leurs semences. Il faudra recommencer. Nous sommes dépendant des caprices de la météo. Ici plus qu’ailleurs on se rend compte que l’eau, c’est la vie. Et qu’un retard de la pluie peut être catastrophique. On dit que c’est Dieu qui décide.
Mais heureusement, il pleut abondamment depuis dimanche. Cette fois l’école est bien terminée. Faute de pouvoir voyager dans le Tchad, libérés des cours, nous découvrons un autre aspect de la vie à Goundi : les travaux des champs. Nous voyons davantage les éducateurs de Maïmba. Chaque matin nous faisons notre petit tour aux champs pour voir si tout se passe bien. C’est un grand plaisir à chaque fois. Les contacts avec les élèves sont plus sympas dans les champs que dans les classes. Les éducateurs nous expliquent leur programme de la journée, on échange quelques mots, ainsi on se tient au courant de ce qui se passe au centre.
Evariste (2)
Depuis qu’il a décidé de quitter Maïmba, Evariste n’en finit plus de partir… Laissant sa femme Alice et ses sept enfants à Maïmba, il est parti il y a un mois dans son village de Nderguigui, à
Finalement Evariste est arrivé mardi de Ndjamena. Il a la charrette mais il lui manque un bœuf, qu’il trouvera à Goundi. Sa famille a pris la direction du village hier soir à 19 heures. Il y a huit heures de marche, ils auront donc voyagé de nuit. Ce matin Evariste était toujours à Maïmba…
Victor, un enfant d'Evariste:
Quelques impressions pour finir...
Nous terminons l’année avec un mélange de plusieurs impressions : nous sommes frustrés de ne pas pouvoir voyager dans le Tchad, pourtant nous profitons de Goundi. Nous attendons impatiemment les vacances en France, nous aimerions partir le plus tôt possible à Ndjamena histoire de se promener un peu, mais nous voulons encore faire quelques petites choses ici. Nous sommes fatigués, on s’ennuie parfois un peu, mais nous sommes contents d’avoir réussi notre première année à Goundi.
De l’or en barres
Bénédicte, notre « chargée de mission » de
Evariste
Evariste, l’éducateur des CE2 de Maïmba, va bientôt partir. Ça fait trois ans qu’il travaille ici. L’année dernière, il avait failli partir, avait préparer ses affaires, mais on l’avait incité à rester une année de plus. On devait lui trouver un remplaçant pour le mois de janvier, mais, comme d’habitude, rien n’a été fait, et cette fois il va vraiment partir, sans qu’on n’ait trouvé de remplaçant. Il nous met dans la difficulté. Mais il a raison. S’il attend d’avoir un remplaçant pour partir il ne partira jamais. Il a beaucoup réfléchi, et malgré les avantages d’habiter à côté de Goundi, avec son hôpital, ses écoles et ses possibilités de transport, il préfère retourner dans son village natal, à une vingtaine de kilomètres d’ici. Les terres y sont beaucoup plus riches, et s’il meurt, ses enfants auront quelque chose, alors qu’à Maïmba, les terres qu’il cultive ne sont pas à lui et n’ont pas assez de rendement. Le salaire dérisoire qu’il touche chaque mois (
De la vie partout dans les champs
Ce départ tombe aussi au plus mauvais moment. Les travaux des champs ont réellement démarré. Depuis la semaine dernière, l’école a lieu l’après-midi, de 15 à 19h, la matinée étant consacrée à l’agriculture. Il y a du monde, des enfants, partout dans les champs. Certains labourent avec la charrue et leur paire de bœufs (il y a quatre charrues à Maïmba), d’autres ramassent le fumier dans l’enclos et vont le mettre dans les champs, à l’aide d’un seau porté sur la tête, idem pour le compost. Les uns sèment le mil, le sorgho, l’arachide, les autres trient les semences de pois de terre, d’arachides. D’autres encore défrichent, font brûler les tiges de mil, les arbres qui gênent et épandent la cendre fertile. Maïmba est complètement transformée et le premier jour de labours se fait dans une ambiance de fête. Bientôt les élèves iront dans les champs plus loin en brousse (là on est encore dans les « petits champs »), et ils commenceront le sarclage, travail long et pénible. On ne pourra plus faire classe pendant tout le mois de juin. On espère pouvoir organiser des jeux, des soirées vidéo, voire un peu de travail scolaire, pour leurs temps libres. Malgré les apparences, ce n’est pas toujours la fête. Ces enfants travaillent dur physiquement, portant parfois des charges très lourdes, et les bœufs sont maltraités par certains… Et puis il faut faire attention, un élève s’est fait mordre par un serpent en défrichant. Heureusement, plus de peur que de mal. Avec toute cette verdure la brousse n’a jamais été aussi jolie.
« Moi Germaine j’ai le sida »
A Mamyong, les travaux ont commencé aussi. Les seuls qui ont encore cours sont les troisièmes qui préparent leur brevet. Un temps fort de l’année aura été le témoignage de Germaine et Kaltouma, deux femmes qui ont le sida et qui, chose rare ici, ne le cachent pas. Ce témoignage était la dernière séance d’un travail mené depuis février autour du sida. C’est surtout Germaine qui a parlé. Ses paroles ont été très fortes : « Moi, Germaine, j’ai le sida ! Vous me connaissez non ? » Ancienne maîtresse stagiaire de Maïmba, la parole de cette femme malade depuis deux ans vaut plus que tous les discours des médecins. A Goundi, ceux qui ont le sida sont abandonnés, « doigtés » (montrés du doigt) dans la rue. Personne ne leur serre la main, ne boit derrière eux. Ils n’ont plus aucune source de revenu, alors comment se payer les médicaments et mettre les enfants à l’école ? Très courageuse, Germaine apporte beaucoup d’espoir. Le sida est une maladie sociale et c’est en combattant l’ignorance qu’on pourra éradiquer ce fléau. Les malades ne doivent plus se cacher. Pourtant, les préjugés ont la vie dure. Ces élèves qui travaillent depuis trois mois sur cette maladie ne sont pas convaincus de certaines choses, leurs questions le prouvent. Tous initiés, ils sont quasiment obligés de coucher avec les filles, et ils n’ont vraiment pas l’air d’être convaincus de l’usage du préservatif… On a le sentiment qu’ils se déresponsabilisent. Tout le monde peut attraper le sida, c’est la fatalité. Comme dit Louis, un professeur, mourir de ça ou d’autre chose… Mais non ! Tout le monde n’attrape pas le sida, il suffit d’observer certaines règles ! On sent les jeunes très mal armés pour lutter contre cette maladie. Mais gardons espoir les choses changent peu à peu.