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C'est Goundi !

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Vendredi 7 décembre 2007

 

Au Sud du Tchad, le mil est  à la base de l’alimentation. Avec le mil blanc, le mil rouge, le sorgho blanc, le sorgho rouge, le mil précoce, le mil tardif ou le mil pénicillaire, on fait la boule quotidienne, la bouillie du matin et la bière de mil. Nos enfants ne boivent presque pas de lait, mangent rarement de la viande, peu de poisson, peu de fruits et peu de légumes… Ils mangent la bouillie le matin (mil + eau, ni sucre, ni pâte d’arachide), la boule à midi, avec un peu d’arachide et de gombo dans la sauce. En ce moment la sauce est assez « riche », parce que les prix sont plus bas : ils ont un peu d’arachides, du gombo, des haricots (parfois), du poisson séché (peu), du sel, et des cubes maggi. En mars, avril, mai ils n’auront probablement que le gombo, le sel, un dérivé de l’arachide (des boules faites à partir des arachides pilées, mais dans lesquelles il n’y a plus l’huile), les cubes maggi, et parfois du poisson.

 

A Maïmba, le budget d’une classe de 29 élèves est de 9500F par mois, pour acheter les condiments pour la sauce, soit un peu plus de 10F (CFA) par élève et par jour. Les éducateurs sont là pour gérer le stock de farine et l’argent de la sauce.

 

A Mamyong les élèves sont plus grands alors il n’y a qu’un éducateur. Chaque classe a un professeur responsable. Les élèves s’organisent plutôt bien, mais la plupart du temps, préférant se lever un peu plus tard, ils viennent en cours sans avoir mangé le matin, leur dernier repas date la plupart du temps du midi de la veille. Forcément on les trouvera peu dynamiques en cours…

 

Quand un bœuf du troupeau meurt, c’est la fête à l’école : il est dépecé et mangé dans les heures qui suivent. Quitte à ce que les enfants se fassent exploser le ventre et qu’ils ne mangent plus de viande dans les semaines qui suivent. Ne pourrait-on pas conserver la viande ? La faire sécher ? Pourquoi personne ne le fait ?

 

Beaucoup de solutions existent pour améliorer l’ordinaire avec peu de moyens. Elles ont fait leurs preuves au Burkina, à Madagascar, au Mali… Ne pourrait-on pas faire la même chose ici ? Faire sécher des fruits pour la saison sèche, entretenir un jardin potager près du puits, un verger, un poulailler, développer davantage le compost… Pourquoi ne pas parquer les animaux domestiques : poules, canards, pintades, cochons et surtout chèvres et moutons qui font de gros dégâts dans la végétation, les jardins et les stocks de récolte ?

 

D’une manière plus générale, pourquoi n’y a-t-il pas plus de savoir-faire local ? Pourquoi les initiatives porteuses d’avenir ne se développent pas davantage ? Pourquoi la dynamique s’enclenche-t-elle aussi difficilement ? Par exemple, il y a beaucoup de coton ici mais personne ne le file. On en entend souvent dire : « Refuserait-on le développement ici ? » N’y aurait-il que du gâchis ? Il y a des problèmes énormes dans chaque concession, dans chaque famille de Goundi ? Un mari parti, une femme malade…

 

On aimerait bien entendre l’avis des « spécialistes » sur Maïmba, qu’ils nous donnent quelques idées et nous aident à mettre en place des initiatives intéressantes. La greffe prendrait-elle ? Une fois partis, que restera-t-il des projets lancés ? Un bâtiment en ruine, un puits qui ne sert plus, des vieux livres inutilisables ? Souvent on pense à notre retour en France et on appréhende les réflexions des gens. Des réflexions du genre : «  Mais pourquoi n’ont-ils pas penser à ça ?  Ou encore : « Il faudrait leur apprendre ça ! » Des réflexions du genre qui font mal.

 

Si tout est si sombre, faut-il tout arrêter ? Faut-il fermer l’école ? Les enfants n’y mangent pas à leur faim. Mais mangeraient-ils mieux au village? Y auraient-ils classe tous les jours ?

 

Devant cet échec, si rien n’avance, faut-il que tous les Blancs rentrent chez  eux ? Au final, ne faisons nous pas plus de dégâts qu’autres choses ? N’entretient-on pas les frustrations en étant parmi eux avec tout notre fric… Il y a un tel écart entre Européens et Africains que toute rencontre devient forcément compliquée. Faut-il pour autant oublier le Tchad ?

 

A Goundi, des hommes et des femmes travaillent tous les jours pour que leur pays aille mieux, chacun à sa manière, chacun selon ses moyens, malgré les difficultés immenses, malgré les problèmes qui nous paraissent insurmontables. Malgré tous les signes qui n’annoncent pas de meilleurs lendemains. Eux ne se découragent pas. Peut-être y aura-t-il des gens comme ça parmi nos élèves…

Par Sandrine et François
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Samedi 17 novembre 2007

Une matinée (typique) de Sandrine

 

Souvent vous me demandez ce que je fais concrètement à Maïmba, je réponds que j’aide au bon fonctionnement, mais ce n’est pas très clair. Voici une matinée parmi d’autres.

 

Nous avons un groupe électrogène qui fait tourner le moulin et nous donne la lumière dans les salles de classe et dans les bâtiments des élèves. Lorsque nous sommes revenus de congés, presque plus rien ne fonctionnait. Les électriciens sont allés une première fois avec François réparer dans une classe : des souris avaient coupé les fils. Une seconde fois, ils sont repartis pour réparer un bout du circuit. Ils se sont rendus compte que les fils qui reliaient le groupe aux classes devaient être coupés : le fil n’était pas assez en profondeur et une charrue était passée dessus. Ils repartent chez eux et me disent après qu’il faut que les enfants déterrent les fils et eux viendront les changer. Tout est fait, ils changent les fils mais il faut maintenant de nouveaux néons. Voici ma journée de lundi dernier.

 

7h, après mon petit tour quotidien à Maïmba pour le démarrage de la journée (départ des enfants aux champs, dernières consignes des éducateurs…), je vais au chantier pour voir Faustin l’électricien. Les néons que nous avons commandés pour les classes sont arrivés au marché, il faut maintenant quelqu’un pour les installer. Faustin n’est plus tout jeune, et a quelques petits problèmes de santé ; là il a un problème aux pieds, il ne peut pas trop bien se déplacer, mais il veut bien venir donner quelques conseils à Alamine (cf article précédent). C’est OK. Je reviens tout à l’heure les chercher. Entre temps, au chantier, je croise Gabaye (ou Ibrahim, le meunier). Il va à Maïmba faire tourner le moulin pour moudre le mil en farine. Ça tombe bien, il nous allumera le groupe électrogène, on pourra vérifier la lumière dans chaque bâtiment. La matinée a l’air bien partie.

 

Vers 8h, je vais voir Emilio, notre directeur, pour qu’on aille acheter ces néons au marché. Omar, le commerçant, nous les présente mais ce ne sont pas ceux auxquels nous pensions, c’est la taille en dessous. On en prend un pour vérifier et nous repartons au chantier. Je passe par la gestion, croise Alamine qui n’a plus l’air motivé pour venir avec nous.  

 

Retour au chantier. Nous devons attendre Faustin qui vérifie les vieux néons. Il a fini ; on peut enfin y aller ? « Mais le problème, c’est mes pieds, il faut voir avec Alamine » Ah d’accord, on l’a juste attendu vingt minutes… mais il ne comptait pas venir.

Petite lumière d’Alamine : si les néons au marché sont trop petits par rapport à vos supports, on peut changer les supports, il y en a plein avec Prosper (le responsable de l’hôpital). On va voir Prosper. Mais réponse de celui-ci : il ne pense pas qu’il y ait ça ici. Nous retournons ensemble au chantier, Alamine, Faustin, Prosper et moi. Alamine maintient qu’il en a vu à la pharmacie ; nous voila repartis tous ensemble à la pharmacie ! Il avait raison.

 

Nous voilà avec nos supports, il faut maintenant retourner au marché pour acheter d’autres néons. Alamine nous accompagne parce que lui doit récupérer son voltmètre quelque part dans Goundi. Nous faisons nos achats, attendons notre électricien, et nous revoilà partis mais... « Mais, il manque des pointes ! » Retour au chantier !

Va  t-on réussir à aller à Maïmba ???

 

Oui ! Enfin à Maïmba. Nous n’entendons pas le groupe électrogène. Je me renseigne : Gabaye, le meunier, a fini de moudre, il est donc reparti.

Il ne manquait plus que ça ; sans électricité, ça va être pratique de voir si la nouvelle installation fonctionne ! Alamine installe ses deux réglettes, on vérifiera le soir quand on allumera le groupe pour avoir la lumière en classe.

 

Le but de cette matinée était de vérifier toute l’installation électrique de l’école. Au final,  nous n’avons installé que deux néons ! Il est 11h30, je rentre je dois préparer mes ateliers de l’après-midi.

Quelle efficacité !

 

Quelques  moments privilégiés avec les « nouveaux » enfants

Les ateliers du samedi après-midi sont une réussite. Pendant que les autres sont aux jeux, nous accueillons une vingtaine d’enfants et sortons quelques livres, des feuilles blanches et des crayons de couleur. Pour une fois dans la semaine, on oublie les travaux des champs, les corvées de cuisine, de fagot, de lessive et l’école. Certains reviennent à chaque fois et prennent toujours le même livre. Dommage qu’on ne puisse pas faire ça plus souvent. En plus, la page de l’initiation semble bel et bien tournée et on a maintenant droit à des sourires et des discussions sympas. Ça fait déjà longtemps que les garçons nous on dit, non sans fierté, leur nouveau prénom : Djadjessebaye (Olivier) est devenu Djasyra, Allassiangué (Christophe) s’appelle maintenant Naneningué, Mbang (Pierre)  c’est Oïmadge…

 

Ça roule !

Nous avons une nouvelle voiture. Au garage la vieille UAZ russe, avec ses pièces de rechange qu’on ne trouve nulle part, ses rétros cassés, ses essuies glaces qui ne marchent plus, son jeu énorme dans la direction, sa capote noir qui nous empêche de voir derrière mais qui ne nous protège pas de la poussière, ses portes qui s’ouvrent quand on tourne à gauche et son bruit de tracteur ! Nous avons maintenant une Toyota Hilux double cabine (l’ancienne du Père pour ceux qui connaissent), le modèle qu’on voit sur toutes les pistes du pays. Elle est loin d’être neuve, mais elle a des papiers, le moteur est bon, les phares sont bons, il y a des vitres qui ferment, un tableau de bord, un autoradio (le luxe), et surtout, un grand plateau dans lequel on a déjà emmené des élèves, les ouvriers du chantier, la famille de Roger, des poutres de six mètres, des vélos, des tôles, des bidons de gazoil, des sacs… Bref, ça change la vie. On prévoit déjà des petits week-ends sympas à Koumra ou à Laï !

 

Sombre histoire

L’Arche de Zoé a fait beaucoup de bruit. C’est révoltant de voir que certains occidentaux se croient tout permis en Afrique. Il y a eu une manifestation à N’Djamena, des gens ont jeté des pierres sur des voitures françaises, une religieuse a été giflée. Rien de très grave, mais une fois de plus, on nous dit d’être prudents, de ne pas circuler pour le moment. Rassurez-vous, à Goundi, en brousse, tout est tranquille. Nous suivons quand même l’affaire de près.

 

Grève à l’hôpital

Avec l’école agricole et le centre nutritionnel, l’hôpital de Goundi fait partie de l’ATCP (Association Tchadienne pour le Progrès). Certains malades viennent de très loin  pour s’y faire soigner. Ses soins sont accessibles aux plus démunis. Pour moins de 1€ on peut se faire soigner, alors inutile de vous dire qu’il y a du monde qui attend devant tous les matins. Quand on sait qu’il n’y a rarement plus de cinq médecins qui y travaillent, on se dit que vraiment cet hôpital est un véritable petit bijou. L’organisation doit y être impeccable, les quelques médecins doivent savoir tout faire : soigner le palu, les hernies, la tuberculose, le sida, les accouchements difficiles…  et dès qu’un infirmier est un peu compétent, il peut vite prendre des responsabilités. Des financements et des dons venus d’Europe (associations de Barcelone et de Genève surtout) permettent à cet établissement de fonctionner correctement. Seul le salaire des infirmiers est assuré grâce à l’argent de la consultation. Pourtant, cette année, depuis que nous sommes revenus, l’hôpital subit régulièrement des coups durs. Le docteur Enri s’est méchamment cassé le bras en septembre – ne parvenant pas à bien le remettre, elle est retournée à Barcelone pour deux mois. Le docteur Renato doit rentrer en Italie, sa maman étant très malade. Il ne reste que deux médecins : le Père François  et Léopoldo. Pas de médecins Tchadiens actuellement. Dernièrement, la pharmacie de l’hôpital a été cambriolée. Et puis les infirmiers se sont mis en grève la semaine dernière, exigeant une augmentation de salaire. Mais comment satisfaire cette demande ? Augmenter leur salaire obligerait une hausse du prix des soins, ou à une diminution du personnel… A l’heure actuelle le problème n’est pas réglé.

 

Autres nouvelles en vrac :

Un bœuf de Mamyong est devenu fou, il s’est échappé du troupeau. Les élèves et les éducateurs n’ont pas réussi à la maîtriser. Maintenant il parcourt la brousse et piétine les champs des autres. Une solution : appeler un cavalier (arabe) pour qu’il l’attrape. Sinon, les paysans d’à côté vont s’en occuper… à coup de sagaies, ils ne le rateront pas.

 

Il a fallu descendre dans un puits de Maïmba pour le nettoyer, à plus de trente mètres de profondeur. On a appelé des spécialistes, toumaks, pour faire ce travail. Il y avait de belles photos à faire, mais plus de piles (piles goto) !

 

Sandrine s’est faite tresser par les filles de Maïmba. La scène méritait aussi une photo : chacune voulait faire sa tresse !

 

Notre jardin s’enrichit de tournesol, d’un pied de  tabac et d’un petit papayer. Vite refaire la clôture en secco avant une deuxième attaque de chèvres.

 

Nous progressons un peu dans cette langue compliquée qu’est le sara et qui utilise différents tons. Nous savons compter jusqu’à dix : kogi, deu, mouta, san, mi, méhè, siri, sosso, doco, koutou !

 

Ah oui… On a eu droit à une belle tempête samedi dernier, avec beaucoup de vent, de l’orage et pas mal de pluie. A la mi-novembre, à Goundi, personne n’avait vu ça : il n’y a plus de saison…

 

 

Par Sandrine et François
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Jeudi 25 octobre 2007

Alamine

Dans le paysage de Goundi, il y a Alamine, mécanicien/électricien au chantier. Le chantier c’est le garage de l’ATCP. Grande perche qui doit presque se pencher pour passer la porte, avec ses grands bras maigres et ses grandes jambes, 27 ans peut-être, son style c’est d’être sérieux et très sûr de lui. Régulièrement soupçonné de détournement d’huile de vidange (précieuse contre les termites) et d’autres astuces pas très catholiques, il est la nonchalance incarnée. Mais avec son savoir-faire africain, spécialité outils rouillés et pièces de récup’, il nous est bien utile à Goundi. Il y a tous les jours des choses à réparer à Maïmba, Mamyong ou chez nous, alors on lui demande tous les jours de l’aide, le dérangeant de sa chaise en plastique blanc. Au final on finit par tout lui réclamer : réparer la voiture le dimanche soir à 20h, faire la réparation complète (et gratuite !) du vélo de Sandrine… En fait il est très sympa, il a appris son métier à Sarh et un peu à N’Djamena. Mais pourquoi reste-t-il à Goundi alors ? Pour gagner honnêtement sa vie et ne pas dépendre des autres. En ville, il a déjà travaillé pour 150 000 F par mois, mais il devait en reverser 50 000 pour ne pas avoir de problèmes… La corruption n’épargne pas grand monde. Alors à Goundi, même s’il ne gagne que cinq fois moins, il est tranquille. En cas de pépin technique, vous le trouvez au chantier, fumant sa clope sur sa chaise en plastique blanc, avec son pote Saoni.

 

Saccage du jardin

Avant nous, il y a avait un grillage autour de la maison mais il a été volé. Alors on fait à la façon traditionnelle : on utilise des seccos. Mais après la saison des pluies, ils sont très abîmés et ont de plus en plus de mal à résister aux termites. Il faudra les changer en novembre, comme tout le monde. En attendant, les chèvres du voisinage en profitent et font des incursions répétées. Elles ont commencé par brouter quelques pousses de karité, d’acacia, puis tous les agrumes. Après elles ont carrément taillé notre petit bananier. Le coup final a été porté par les cochons, attirés par la bonne odeur du compost et des fruits en décomposition. Ils se sont carrément aménagés un passage pour venir directement déguster nos déchets. Ensuite ils ont déterré toutes nos patates douces. Au final, tout est pillé, dévasté, c’est désespérant. Il nous faudrait un gardien 24h/24, ou un chien. C’est le désert qui avance chez nous. Reste une satisfaction : c’est marrant de faire peur aux cochons et de courir après les chèvres. Et puis il reste quand même quelques fleurs et nos arbres.

 

Décès

Lundi 8 octobre, en arrivant à Maïmba, Prosper nous dit qu’ils sont en deuil : un enfant de l’école est décédé. Depuis les congés, il n’est pas revenu au centre ; c’est sa famille qui l’a emmené à l’hôpital. Il nous dit qu’ils vont tous aller à la place mortuaire, et nous montre la direction : rien de précis. Nous accusons le coup et repartons une nouvelle fois avec pas mal de questions et un sentiment de solitude. Que faire ? Comment bien faire ? Nous savons que nous n’allons pas écrire un mot commun avec les collègues, ni acheter des plaques ou des fleurs pour le cimetière. On sait aussi que souvent ils enterrent très vite le corps et que les gens se retrouvent pour discuter, prier, à la place mortuaire chez quelqu’un de la famille. On a donc questionné un peu tout le monde pour savoir comment ça se passe habituellement. Nous avons fini par comprendre que ce serait bien d’aller à l’enterrement ou à la place mortuaire et qu’il n’y aurait pas de cérémonie à l’église. François, avec Giulio, a réussi à trouver les gens au cimetière, c’était la fin. Il n’y avait que des hommes. Puis on est allé au quartier pour chercher cette place mortuaire. Justine nous y a conduits. D’un côté il y a les femmes et de l’autre les hommes. On nous a dit d’aller ensemble avec les hommes. Tout le monde était assis sur des nattes, les hommes parlaient les uns après les autres, en respectant des temps de silence. On ne sait pas trop ce qu’ils ont dit, on n’a pas posé de questions, ce n’était pas le moment. C’était difficile de dire quelque chose à la famille. Nous sommes repartis tristes, soulagés quand même d’avoir pu faire un petit geste. Triste réalité aussi : la mort est souvent présente ici.

 

L’initiation (fin ?)

Les garçons redeviennent un peu plus sociables. Ils nous saluent, ils nous parlent… Beaucoup de parents et d’éducateurs leur ont retiré leur bâton de l’initiation, ce qui les rend moins agressifs. A Maïmba il est maintenant interdit de parler la langue de l’initiation. Il faudra cependant attendre un peu pour que toute cette histoire soit complètement terminée. Il doit rester des étapes, des formalités peut-être. On n’en sait pas plus le secret est bien gardé. Djibrine (ou Christian) est venu en retard au collège l’autre jour. Pourquoi ? A cause de l’initiation. Et on ne peut rien lui dire ? Non c’est la coutume. Pour nous aider, les romans lus dernièrement nous éclairent un peu sur ce sujet : Amkoulel l’Enfant Peul de Amadou Hampaté Ba ou L’Enfant Noir de Camara Laye. En attendant, nous croisons parfois des bandes de jeunes encore en tenue d’initiés dans la brousse. Ceux-là ne vont sûrement pas à l’école.

 

Et le boulot ?

En attendant le début des cours, nous avons pu recevoir les parents d’élèves pendant quatre jours ! Deux jours à Maïmba, deux à Mamyong. C’était assez sympa, l’ambiance était genre camp scout : il fallait répartir et préparer la nourriture, prévoir où ils dorment… Leurs enfants n’ont pas assez travaillé aux champs à cause de l’initiation. Le sarclage n’a pas été fait et il y a beaucoup de retard dans les récoltes. Nous avons donc proposé aux parents de travailler aux champs du centre. Nous avons participé à la récolte d’arachides de Mamyong le dimanche matin. C’était très agréable. A la réunion finale, le Père Benjamin a parlé juste : il a dit que les enfants sont venus des villages environnants pour travailler ensemble à Mamyong, et que des étrangers, nous, sont aussi venus de loin pour travailler ici. Dans son discours, jamais il n’a prononcé le mot aide, qui sous-entend que nous sommes « supérieurs » à eux : les riches Français qui viennent aider les pauvres Tchadiens. Non, nous travaillons ensemble, nous nous entraidons. Nous sommes solidaires. Ça nous a beaucoup touchés et mis très à l’aise ! Pour couronner le tout, quelques parents sont venus danser devant nous en signe de fête ! Quelques petits bémols : la réunion de Maïmba était un peu tard dans la soirée. Résultat : quelques parents avaient bu. Ça n’arrangeait pas une discussion difficile : nous avons décidé d’augmenter la cotisation cette année, exceptionnellement… à cause de l’initiation.

 

La rentrée !

Mardi 16 octobre, jour effectif de la rentrée à Maïmba, nous avons fait une petite réunion à 6H30 le matin pour réunir tous les enfants, garçons et filles. Le but était de les préparer au retour à l’école. Maintenant ils ne vont plus être en groupe mais par classe avec les filles, ils ne devront plus utiliser la langue de l’initiation,..  C’était aussi l’occasion de me présenter (n’oublions qu’ils sont de nouvelles personnes !), et de mentionner François. A 15H, rendez-vous à l’école. Je suis allée avec les CE2 et CM1, les deux classes étant à coté. Les garçons étaient tous dehors en groupe. Lorsque Benjamin l’enseignant de CM1 a dit « en classe ! », ils sont tous entrés dans sa classe ! Jérémie a dû chercher sa liste d’appel (il ne connaît pas encore leurs nouveaux noms) pour qu’ils sachent qui étaient dans sa classe à lui. Une fois en classe, il les a installés un par un en expliquant à chacun d’eux que lorsqu’il disait « assis ! » (en donnant le mot en sara et en français), il fallait qu’ils s’assoient et quand il disait « debout !» il fallait se lever ! Au départ, avant l’explication, l’élève reste debout devant sa table et attend, comme si il était perdu, comme s’il ne savait pas quoi faire. Il a dû donner l’explication à chacun des garçons. Eux restaient très sérieux, pas un rire ou sourire, sauf moi qui me pinçais les lèvres devant ce spectacle. Après il a réexpliqué plusieurs petites choses : je ne suis pas sûre qu’ils les avaient vraiment oubliées, mais bon... Finalement, il a très vite repris son français ! Maintenant c’est bon, tout est rentré dans l’ordre. Ils ne sont même plus surpris de me voir !

 

De la volonté !

Cette année nous avons fait quelques propositions pour que les choses changent : le système de Maïmba est hyper compliqué. Les CP1 commencent en janvier mais les autres classes en octobre. Chaque maître garde sa classe de janvier à décembre. Les maîtres suivent le calendrier civil mais leurs élèves le calendrier scolaire… Tout est toujours en décalage. A cela il faut ajouter le rythme des travaux des champs, les CM qui sont à Mamyong, les filles qui ont un régime spécial, les enfants des éducateurs… On passe notre temps à s’attendre les uns les autres. Nos propositions pour simplifier l’affaire ont été rejetées d’entrée de jeu. C’est difficile de faire bouger les choses… Comme les locaux qui sont misérables. Il faudrait simplement mettre de la chaux sur les murs. Tout traîne à même le sol, les gamelles et les aliments. Pas d’étagères ? Même si tout est compliqué nous prendrons les choses unes par unes, nous mettrons le temps mais nous y arriverons ! Car c’est ça le gros problème : Comment peut-on donner des cours de qualité alors que tout est en très (très) mauvais état autour de nous ? Comment demander aux enfants de réfléchir s’ils ne mangent pas à leur faim ? Cette année nous prenons le pari de moins en faire au niveau scolaire, mais d’être plus attentifs aux conditions des élèves. Pari difficile à tenir car à Maïmba rien n’est aux normes à nos yeux… Un autre exemple qui illustre bien l’extrême précarité du centre est le cas de Raphaël, l’éducateur des CE2. Père de 11 enfants et bientôt 12, il ne pouvait pas payer la scolarité de quatre de ses enfants lycéens à Goundi. Il a dû demander une avance de 16 000 F à Sandrine – au passage il ne savait pas calculer 4 x 4 000. Peut-être s’est-il ruiné avec l’initiation ?  Et quand la dalle du puits lui est tombée sur le pied vendredi dernier, il n’avait même plus 1 000 F pour aller à l’hôpital. Il attendait chez lui que Djim (l’agronome) passe pour lui demander de l’aide. Nous l’avons emmené à l’hôpital, et quand nous en sommes sortis nous étions assez secoués, se dire qu’il n’avait même pas 2 euros pour une urgence !

 

Par Sandrine et François
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Vendredi 5 octobre 2007

Retrouvailles avec les garçons

Un après-midi, nous avons décidé d’aller aux champs. Au milieu du champ de sorgho, écartant les hautes tiges, nous tombons nez à nez avec les garçons de Maïmba. Initiés depuis peu, ils sont droits, sans expression, et nous fixent. Le couteau qu’ils ont tous à la main complète le tableau. Ils ne nous disent rien, ni bonjour, ni au revoir, malgré toute l’insistance de notre amie Pascale et sous le regard amusé d’Alexis, l’éducateur des CP1. C’est franchement déstabilisant ! Ces gamins partis en groupes pendant plus d’un mois en brousse avec leurs parrains ont passé des épreuves mais personne ne dit ce qu’ils font. C’est secret ! Tous les hommes sont passés par-là, mais non tu ne sauras rien. Après ils sortent masqués et vont dans leur village ou au quartier pour danser : c’est ce qu’on a vu pendant plusieurs jours. Ils dansent mais après ils chicotent, notamment leur mère ou leurs soeurs. Maintenant ils ont presque tous enlevé leur masque et sont rentrés chez eux. Ils ne parlent que la langue de l’initiation. Seuls leurs pères les comprennent. Ils ont un nouveau nom et si la mère veut le connaître, elle doit payer son mari ; et les sœurs c’est la même chose ! On leur a dit pendant l’initiation de ne pas parler aux autres. Maintenant parents, maîtres et éducateurs doivent les réhabituer et petit à petit ça ira. Ils ont quitté la société alors il leur faut du temps pour se réintégrer. S’ils se remettaient à discuter avec nous tout de suite, comme avant, ce serait signe que l’initiation n’est pas complètement réussie. Ce jour-là, dans le champ de sorgho, ils ont vraiment fait comme s’ils ne nous connaissaient plus. Ils sont de nouvelles personnes.

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Pourtant, au Tchad, l’école a maintenant repris. Pas encore à Maïmba, école agricole avec un calendrier un peu différent à cause des travaux agricoles. Nous ne reprenons les cours que le 15 octobre. Le week-end dernier, seulement 28 sur la centaine de garçons du centre étaient revenus. Certains chefs d’initiations ou parrains retiennent encore leurs garçons. Ne comprennent-ils pas l’importance de l’école ? Peut-être pas car beaucoup n’y sont pas allés. Nous pensons souvent à nos amis africains de France : ont-ils connu l’initiation traditionnelle eux aussi ?

 

Aujourd’hui vendredi 5 octobre 2007, c’est la journée mondiale des enseignants, journée apparemment créée en 1994 par l’UNESCO. Une manifestation a lieu ce matin dans Goundi, réunissant les enseignants et les personnes importantes de la ville, dont le sous-préfet. Les enseignants tchadiens ont rappelé qu’ils subissaient l’école obligatoire et gratuite, voulue par le ministre, alors qu’ils n’ont presque aucun moyens et pas le droit de refuser des élèves. Comment faire classe devant tant d’élèves quand on a à peine de quoi s’acheter des craies ?

 

 

Escapade à Sarh

Les années se suivent et ne se ressemblent pas : nous avons déjà fait une petite escapade à Sarh. Programmer quelque chose ici est toujours autant incertain. Les rendez-vous sont souvent reportés au lendemain ou carrément annulés. Jusqu’au dernier moment, nous n’étions pas sûr de pouvoir partir. Nous avons quand même réussi à nous arranger avec Xavier et Benjamin, les prêtres de la paroisse, qui avaient une réunion à Sarh cette semaine. C’est toujours un grand plaisir de voyager avec eux. La musique dans la voiture est sympa, on discute bien, on rigole. On s’arrête dans plusieurs villages pour différentes commissions, on fait parfois marche arrière pour saluer la voiture qu’on a croisée… Il faut nous imaginer  nous trois, Pascale, Sandrine et moi serrés avec les sacs à l’arrière, et surtout plein de choses et de monde dans la beine : un bidon de gasoil, quelques poules, des malles, des sacs et des gens, dont une grand-mère et un bébé, assis dessus ! Au départ, la prière faite par tout le monde dans la voiture nous laisse perplexes : la route est telle si dangereuse ? Mais non, le trajet se passe à merveille et on en oublierait presque le dérapage presque contrôlé sur la piste de latérite, la souche vue au dernier moment qui aurait pu faire éclater le pneu, les moutons qui ne voulaient pas se ranger et le gros camion croisé vraiment de très près…. C’est bien mieux que les occasions du marché et c’est une très bonne façon de découvrir le pays. A Sarh, nous retrouvons Stéphanie et Anne, deux coopérantes DCC, le  grand marché et notre endroit préféré du Tchad (en attendant de voir l’Ennedi ou le parc de Zakouma…): les rives du Chari à la tombée de la nuit. Même si cette fois nous ne verrons pas d’hippopotames. d--but-octobre-017.jpg

 

Vie quotidienne

Pour ce qui est de la vie quotidienne, nous continuons à améliorer l’ordinaire : nous avons désormais la lumière dans les toilettes, une batterie qui se charge pendant la journée et qu’on utilise la nuit quand il n’y a plus d’électricité. C’est pas le bonheur ça ? On a commencé un petit jardin, avec des petites fleurs ; l’acacia qu’on a planté l’année dernière est déjà grand, c’est impressionnant comment il a poussé vite. Avec Félix, le voisin, nous découvrons des parties de Goundi que nous ignorions complètement l’année dernière. Pascale, coopérante DCC nouvellement arrivée, est agronome et nous apprend plein de choses, faire un compost par exemple. Tous les trois, en attendant de vraiment commencer les cours, nous passons beaucoup de temps à organiser l’année. Notre partenaire étant absorbé à N’Djamena par son grand projet d’hôpital, qui ouvre le 10 octobre prochain, nous avons franchement l’impression d’être livrés à nous même et que l’école agricole est abandonnée : les locaux sont vétustes, tout s’écroule, les tôles des toits sont cassées, les enfants ne mangent presque jamais de viande, beaucoup n’ont qu’une tenue, la même pour aller aux champs, en classe et dormir, il n’y a pas de moustiquaires aux fenêtres, pas d’étagères pour ranger le matériel de cuisine. Il faut vraiment retrousser les manches pour redonner un peu d’allure à ce centre. Nous avons de nombreux petits objectifs qui nous occupent avant de vraiment reprendre les cours, mais il faut du temps car ici tout est compliqué. Nous avons aussi découvert que du maïs transgénique a été planté à Maïmba. D’où vient-il ? Nous allons mener l’enquête… Un nouveau collègue, Kossandou Lorsala, professeur de français, est venu s’installer à Mamyong. Sa famille devrait bientôt le rejoindre. Il a enseigné trois ans dans le BET, en plein désert, on espère qu’il nous en parlera un peu.                                                         Goundi-005.JPG

 

 

Par Sandrine et François
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Lundi 17 septembre 2007

Merci

 

Oui, grand merci à vous tous de nous avoir si bien accueillis cet été : c’était super ! Nous avons été touchés. Désolés pour ceux que l'on n'a peu ou pas vu, on se rattrapera l'année prochaine.

 

Retour au Tchad

 

Après avoir partagé un bon gâteau, le voyage a commencé lundi soir, en partant de chez mes parents à la Roche, direction Fontenay. C’est bizarre, les au revoirs se font dans le décor familier de la maison. Mes parents et mes frères restent devant la porte. De l’émotion, une boule dans le ventre, mais on a du mal à réaliser qu’on reprend un long voyage. Arrivés à Fontenay, le repas du soir n’est pas comme d’habitude, on profite des derniers instants, on finit par boucler les valises avec un peu de tristesse. Le lendemain matin, Fabien nous emmène à Poitiers en voiture, direction la gare SNCF. Il nous dépose devant le TGV qui nous emmènera directement à l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle.

 

Nous arrivons à Paris et retrouvons quelques amis : Violaine, Bernard, Aurélie et Lucie. Pas de souci nous sommes suivis jusqu’au bout ! Nous rencontrons aussi Pascale, qui vient à Goundi avec nous. Les bagages enregistrés, nous embarquons. Direction N’Djamena via Tripoli en Lybie. Nous sommes le 11 septembre et c’est peut-être pour cela que les fouilles sont plus minutieuses. Résultat, la crème solaire oubliée dans notre sac à dos ne passera pas la douane. Nous ne sommes pas des terroristes mais nous ne faisons pas de scandale, contrairement à la fille devant nous qui insulte les douaniers qui lui ont confisqué plein de produits de beauté. Au final, nous manquons de rater l’avion. Dans la cabine, des voix s’élèvent encore. Deux passagers s’insultent en arabe… Vont-ils en venir aux mains ? Les stewards calment le jeu, l’un des deux protagonistes change de place, l’avion peut enfin décoller. Nous survolons la France, l’Italie et la Méditerranée.

 

L’aéroport de Tripoli est moderne. Les nombreux hommes qui semblent venir d’Algérie et aller à la Mecque lui donne une couleur blanche avec leur tenue de pèlerin. Pendant ces quatre heures d’attente, nous faisons la connaissance d’un couple espagnol originaire de Pampelune, Beatrix et Rodrigo. Elle est médecin et lui est professeur. Ils s’en vont pour un an à Koumra, tout près de Goundi. Nous les reverrons sûrement : « nos vemos ! »

 

Ça y est, nous sommes appelés pour embarquer dans l’avion pour N’Djamena. Celui-ci est plein à craquer, et il y a beaucoup de nervosité dans l’air. Ça crie beaucoup dans la salle d’embarquement. Est-ce la façon des Libyens de régler les problèmes ? Nous finissons par décoller avec deux heures de retard. Nous arrivons en plein milieu de la nuit à N’Djamena, accueillis par notre partenaire qui, heureusement, nous a attendus. Les derniers contrôles de passeports, de visas, de bagages se passent sans aucun incident.

 

Nous traversons N’Djamena de nuit, croisant de nombreux chiens errants. Charmant. A Cabrini, une chambre a été préparée pour nous : la douche fuit, la moustiquaire est pour une personne, il y a plein de moustiques, il fat très chaud, très lourd… Pas terrible, il faudra attendre Goundi pour nous sentir bien chez nous. Mais le marchand de sable passe quand même et le lendemain matin nous retrouvons Suzanne, Franco et la petite Naomie qui a bien grandi depuis l’année dernière. Nous croisons Lucile, fatiguée, qui rentre en France après une année passée à Goundi. Bien sûr, le Père, avec l’énergie débordante qu’on lui connaît, est déjà parti à ses activités. L’hôpital est pratiquement terminé mais il faut mettre les bouchées doubles pour le voir ouvrir avant la fin de l’année. Giacomo étant en vacances, c’est le Père qui supervise tout. Ceux qui le connaissent l’imagineront facilement guider les Caterpillars, secouer vigoureusement les ouvriers à la pause, klaxonner après le gardien, etc. Nous restons une journée supplémentaire dans la capitale, Pascale a besoin d’un peu de temps pour faire ses papiers.

 

Nous partons avec Taye le vendredi à 6h30, avec la « Pro Loco », la belle voiture de l’hôpital de Goundi. Un bon chauffeur, une bonne voiture, le trajet devrait bien se passer, mais nous appréhendons un peu ce voyage car celui de l’année dernière avait été très long et très difficile : des contrôles sévères, des changements de voitures, de l’incertitude et quelques belles frousses le long du trajet. Heureusement, les années se suivent et ne se ressemblent pas. Nous repassons par les endroits qui nous avaient marqués l’année dernière mais rien ne se passe. Aujourd’hui les gendarmes sont sympas – nous n’auront même jamais à montrer nos passeports –, aucune panne à signaler, pas de pluies, le trajet s’effectue dans la joie et la bonne humeur. Pourvu que ça dure ! Vers 18h30, nous arrivons près de Goundi, la piste se rétrécit de plus en plus, il fait maintenant noir et un violent orage éclate ! Ouf, il était temps d’arriver ! Cette journée nous aura un peu réconcilié avec les voyages au Tchad, même si on entend parfois des histoires terribles sur le comportements des usagers de la route : la carcasse de camion brûlée qu’on a vu avant Bongor était celle d’un chauffeur qui a malheureusement renversé des militaires sur la route, en tuant huit et en blessant d’autres. Il a été rattrapé, on l’a enfermé dans son camion, aspergé de pétrole et on l’a brûlé… Lundi il y a eu un accident entre Sarh et Koumra. Pourquoi ? Parce que, la piste étant trop étroite, deux chauffeurs arrivant l’un en face de l’autre ont refusé de se ranger. Résultat : une collision très violente et des morts… Nous sommes bien au Tchad et il nous faudra être très prudents. Pour ce soir, nous retrouvons Enri, Léopoldo et le Père François. Nous rejoignons notre petite maison en parfait état, le lit a même été préparé. Pour finir, nous nous endormons dans des draps propres, quel bonheur !

 

La matinée de samedi sera consacrée au repos et à faire un petit tour dans Goundi, histoire de saluer Félix, Prosper, le Père Xavier et tous les autres. En ce moment, c’est la fin de l’initiation, qui a lieu tous les dix ans, et tout le monde ne parle que de ça. Nous avons déjà croisé beaucoup de garçons portant un masque étrange sur la route entre Koumra et Goundi. Martine nous dit qu’ils viennent danser chez elle cet après-midi ; elle nous invite à venir les voir.

 

Bien des ethnologues auraient apprécié le spectacle de cet après-midi. Douze jeunes, des « Ndo », en tenue d’initié, accompagnés de leur parrain respectif, sont arrivés en chantant au son du tam-tam chez Martine. Leur allure est étrange: un long masque en paille leur cache le visage, ils portent une ceinture spéciale et une culotte en peau de chèvre. Ils sont parfois comme tenus en laisse par leur parrain, portant à la main une chicotte et dans l’autre un petit bâton. On ne les reconnaît pas mais Martine nous dit que parmi eux il y a Guy, son petit fils, qui était à Maïmba en CE1 avec nous l’année dernière. Ils parlent une langue qu’eux seuls comprennent. Installés en ligne chez Martine, ils commencent à danser à quelques mètres de nous. Soudain quelqu’un proteste. Nous avons sorti les appareils photos et ça ne plaît pas à tout le monde. Pourtant Martine nous a assuré auparavant qu’il n’y avait pas de problème. Un des parrains, responsable des initiés vient discuter avec nous. On peut faire des clichés mais il faut rajouter un peu d’argent : 2 500 F CFA. Nous donnons 1 800, il accepte. Ils viennent danser deux par deux devant nous. Nous voyons Solange, la soeur de Guy, en CE2 à Maïmba, elle veut danser avec son frère. Martine va danser un peu aussi. Certains commencent à se chicoter. « Oulala ils commencent à faire des bêtises ! » nous dit notre hôte en rigolant. Elle nous dit que si on veut on peut partir. Nous hésitons mais les jeunes continuent à se chicoter. Et si ils venaient nous chicoter nous ? Dans le doute, nous préférons rentrer : nous en avons assez vu ! En sortant un initié nous poursuit : que nous veut-il ? Son parrain nous dit qu’il veut danser devant nous. Bon d’accord ! Super, merci et à bientôt !

 

Presque tout nous échappe dans cette cérémonie. Nous avons quand même droit à de petites explications. Nous sommes à la fin de la période d’initiation, qui dure un mois environ. Les jeunes de huit à seize ans subissent d’abord un certains nombres d’épreuves en brousse où ils apprennent à s’endurcir. Personne ne sait ce qu’ils font. Ils apprennent à devenir des hommes responsables dans la société, par rapport à leur femme,  à leurs aînés, à leurs frères, à leurs enfants... Dans un deuxième temps, ils sont logés par petits groupes dans certains endroits de Goundi. C’est pour ça qu’on les croise souvent dans Goundi en ce moment, se déplaçant en groupe et en chantant, toujours avec leur masque. L’initiation permet le passage de l’état d’enfant à celui d’adulte. L’individu naît à nouveau, il changera de prénom et ne vous reconnaîtra donc pas. On nous dit que l’initiation est une grande richesse de la culture africaine, même si parfois elle est l’occasion de défoulements, de règlements de compte, de violence.

 

Nous sommes bien au cœur de l’Afrique. Cette seconde année tchadienne s’annonce riche en découvertes. Aujourd’hui, Prosper nous a montré un varan, animal que nous n’avions pas vu l’année dernière, et qui va bientôt passer à la casserole !

 

Beaucoup de défis sont devant nous : aucune voiture ne marche correctement, nous sommes trop peu de professeurs pour Mamyong et Maïmba… Il faut se remettre à la tâche.

 

En ce début de deuxième année nous pensons très fort à vous, que nous avons laissés derrière nous. Les vacances passées nous ont permis de faire le plein d’énergie, ça fait du bien !

 

Ciao !

Par Sandrine et François
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