Une matinée (typique) de Sandrine
Souvent vous me demandez ce que je fais concrètement à Maïmba, je réponds que j’aide au bon fonctionnement, mais ce n’est pas très clair. Voici une matinée parmi d’autres.
Nous avons un groupe électrogène qui fait tourner le moulin et nous donne la lumière dans les salles de classe et dans les bâtiments des élèves. Lorsque nous sommes revenus de congés, presque
plus rien ne fonctionnait. Les électriciens sont allés une première fois avec François réparer dans une classe : des souris avaient coupé les fils. Une seconde fois, ils sont repartis pour
réparer un bout du circuit. Ils se sont rendus compte que les fils qui reliaient le groupe aux classes devaient être coupés : le fil n’était pas assez en profondeur et une charrue était
passée dessus. Ils repartent chez eux et me disent après qu’il faut que les enfants déterrent les fils et eux viendront les changer. Tout est fait, ils changent les fils mais il faut maintenant
de nouveaux néons. Voici ma journée de lundi dernier.
7h, après mon petit tour quotidien à Maïmba pour le démarrage de la journée (départ des enfants aux champs, dernières consignes des éducateurs…), je vais au chantier pour voir Faustin
l’électricien. Les néons que nous avons commandés pour les classes sont arrivés au marché, il faut maintenant quelqu’un pour les installer. Faustin n’est plus tout jeune, et a quelques petits
problèmes de santé ; là il a un problème aux pieds, il ne peut pas trop bien se déplacer, mais il veut bien venir donner quelques conseils à Alamine (cf article précédent). C’est OK. Je
reviens tout à l’heure les chercher. Entre temps, au chantier, je croise Gabaye (ou Ibrahim, le meunier). Il va à Maïmba faire tourner le moulin pour moudre le mil en farine. Ça tombe bien, il
nous allumera le groupe électrogène, on pourra vérifier la lumière dans chaque bâtiment. La matinée a l’air bien partie.
Vers 8h, je vais voir Emilio, notre directeur, pour qu’on aille acheter ces néons au marché. Omar, le commerçant, nous les présente mais ce ne sont pas ceux auxquels nous pensions, c’est la
taille en dessous. On en prend un pour vérifier et nous repartons au chantier. Je passe par la gestion, croise Alamine qui n’a plus l’air motivé pour venir avec nous.
Retour au chantier. Nous devons attendre Faustin qui vérifie les vieux néons. Il a fini ; on peut enfin y aller ? « Mais le problème, c’est mes pieds, il faut voir avec
Alamine » Ah d’accord, on l’a juste attendu vingt minutes… mais il ne comptait pas venir.
Petite lumière d’Alamine : si les néons au marché sont trop petits par rapport à vos supports, on peut changer les supports, il y en a plein avec Prosper (le responsable de l’hôpital). On va
voir Prosper. Mais réponse de celui-ci : il ne pense pas qu’il y ait ça ici. Nous retournons ensemble au chantier, Alamine, Faustin, Prosper et moi. Alamine maintient qu’il en a vu à la
pharmacie ; nous voila repartis tous ensemble à la pharmacie ! Il avait raison.
Nous voilà avec nos supports, il faut maintenant retourner au marché pour acheter d’autres néons. Alamine nous accompagne parce que lui doit récupérer son voltmètre quelque part dans Goundi. Nous
faisons nos achats, attendons notre électricien, et nous revoilà partis mais... « Mais, il manque des pointes ! » Retour au chantier !
Va t-on réussir à aller à Maïmba ???
Oui ! Enfin à Maïmba. Nous n’entendons pas le groupe électrogène. Je me renseigne : Gabaye, le meunier, a fini de moudre, il est donc reparti.
Il ne manquait plus que ça ; sans électricité, ça va être pratique de voir si la nouvelle installation fonctionne ! Alamine installe ses deux réglettes, on vérifiera le soir quand on
allumera le groupe pour avoir la lumière en classe.
Le but de cette matinée était de vérifier toute l’installation électrique de l’école. Au final, nous n’avons installé que deux néons ! Il est 11h30, je rentre je
dois préparer mes ateliers de l’après-midi.
Quelle efficacité !
Quelques moments privilégiés avec les « nouveaux » enfants
Les ateliers du samedi après-midi sont une réussite. Pendant que les autres sont aux jeux, nous accueillons une vingtaine d’enfants et sortons quelques livres, des feuilles blanches et des
crayons de couleur. Pour une fois dans la semaine, on oublie les travaux des champs, les corvées de cuisine, de fagot, de lessive et l’école. Certains reviennent à chaque fois et prennent
toujours le même livre. Dommage qu’on ne puisse pas faire ça plus souvent. En plus, la page de l’initiation semble bel et bien tournée et on a maintenant droit à des sourires et des discussions
sympas. Ça fait déjà longtemps que les garçons nous on dit, non sans fierté, leur nouveau prénom : Djadjessebaye (Olivier) est devenu Djasyra, Allassiangué (Christophe) s’appelle maintenant
Naneningué, Mbang (Pierre) c’est Oïmadge…
Ça roule !
Nous avons une nouvelle voiture. Au garage la vieille UAZ russe, avec ses pièces de rechange qu’on ne trouve nulle part, ses rétros cassés, ses essuies glaces qui ne marchent plus, son jeu énorme
dans la direction, sa capote noir qui nous empêche de voir derrière mais qui ne nous protège pas de la poussière, ses portes qui s’ouvrent quand on tourne à gauche et son bruit de tracteur !
Nous avons maintenant une Toyota Hilux double cabine (l’ancienne du Père pour ceux qui connaissent), le modèle qu’on voit sur toutes les pistes du pays. Elle est loin d’être neuve, mais elle
a des papiers, le moteur est bon, les phares sont bons, il y a des vitres qui ferment, un tableau de bord, un autoradio (le luxe), et surtout, un grand plateau dans lequel on a déjà emmené des
élèves, les ouvriers du chantier, la famille de Roger, des poutres de six mètres, des vélos, des tôles, des bidons de gazoil, des sacs… Bref, ça change la vie. On prévoit déjà des petits
week-ends sympas à Koumra ou à Laï !
Sombre histoire
L’Arche de Zoé a fait beaucoup de bruit. C’est révoltant de voir que certains occidentaux se croient tout permis en Afrique. Il y a eu une manifestation à N’Djamena, des gens ont jeté des pierres
sur des voitures françaises, une religieuse a été giflée. Rien de très grave, mais une fois de plus, on nous dit d’être prudents, de ne pas circuler pour le moment. Rassurez-vous, à Goundi, en
brousse, tout est tranquille. Nous suivons quand même l’affaire de près.
Grève à l’hôpital
Avec l’école agricole et le centre nutritionnel, l’hôpital de Goundi fait partie de l’ATCP (Association Tchadienne pour le Progrès). Certains malades viennent de très loin pour s’y faire soigner. Ses soins sont accessibles aux plus démunis. Pour moins de 1€ on peut se faire soigner, alors inutile de vous dire qu’il y a du monde qui attend devant
tous les matins. Quand on sait qu’il n’y a rarement plus de cinq médecins qui y travaillent, on se dit que vraiment cet hôpital est un véritable petit bijou. L’organisation doit y être
impeccable, les quelques médecins doivent savoir tout faire : soigner le palu, les hernies, la tuberculose, le sida, les accouchements difficiles… et dès qu’un
infirmier est un peu compétent, il peut vite prendre des responsabilités. Des financements et des dons venus d’Europe (associations de Barcelone et de Genève surtout) permettent à cet
établissement de fonctionner correctement. Seul le salaire des infirmiers est assuré grâce à l’argent de la consultation. Pourtant, cette année, depuis que nous sommes revenus, l’hôpital subit
régulièrement des coups durs. Le docteur Enri s’est méchamment cassé le bras en septembre – ne parvenant pas à bien le remettre, elle est retournée à Barcelone pour deux mois. Le docteur
Renato doit rentrer en Italie, sa maman étant très malade. Il ne reste que deux médecins : le Père François et Léopoldo. Pas de médecins Tchadiens actuellement.
Dernièrement, la pharmacie de l’hôpital a été cambriolée. Et puis les infirmiers se sont mis en grève la semaine dernière, exigeant une augmentation de salaire. Mais comment satisfaire cette
demande ? Augmenter leur salaire obligerait une hausse du prix des soins, ou à une diminution du personnel… A l’heure actuelle le problème n’est pas réglé.
Autres nouvelles en vrac :
Un bœuf de Mamyong est devenu fou, il s’est échappé du troupeau. Les élèves et les éducateurs n’ont pas réussi à la maîtriser. Maintenant il parcourt la brousse et piétine les champs des autres.
Une solution : appeler un cavalier (arabe) pour qu’il l’attrape. Sinon, les paysans d’à côté vont s’en occuper… à coup de sagaies, ils ne le rateront pas.
Il a fallu descendre dans un puits de Maïmba pour le nettoyer, à plus de trente mètres de profondeur. On a appelé des spécialistes, toumaks, pour faire ce travail. Il y avait de belles photos à
faire, mais plus de piles (piles goto) !
Sandrine s’est faite tresser par les filles de Maïmba. La scène méritait aussi une photo : chacune voulait faire sa tresse !
Notre jardin s’enrichit de tournesol, d’un pied de tabac et d’un petit papayer. Vite refaire la clôture en secco avant une deuxième attaque de chèvres.
Nous progressons un peu dans cette langue compliquée qu’est le sara et qui utilise différents tons. Nous savons compter jusqu’à dix : kogi, deu, mouta, san, mi, méhè, siri, sosso, doco,
koutou !
Ah oui… On a eu droit à une belle tempête samedi dernier, avec beaucoup de vent, de l’orage et pas mal de pluie. A la mi-novembre, à Goundi, personne n’avait vu ça : il n’y a plus de saison…